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romans

Les Lettres de Rose de Clarisse SABARD

Genre : Roman

Coup de cœur

 

 

Quatrième de couverture :

 

Lola a été adoptée à l'âge de trois mois.

Près de trente ans plus tard, elle travaille dans le salon de thé de ses parents, en attendant de trouver enfin le métier de ses rêves : libraire.

 

Sa vie va basculer lorsqu'elle apprend que sa grand-mère biologique, qui vient de décéder, lui a légué un étrange héritage : une maison et son histoire dans le petit village d'Aubéry, à travers des lettres et des objets lui apprenant ses origines.

 

Mais tous les habitants ne voient pas d'un bon œil cette étrangère, notamment Vincent, son cousin.

 

Et il y a également le beau Jim, qui éveille en elle plus de sentiments qu'elle ne le voudrait…


 

Ce que j'en ai pensé :

 

Venez faire la connaissance de Lola, jeune femme de 28 ans, qui se trouve à un tournant de sa vie : elle stagne depuis la fin de ses études, donnant un coup de main au salon de thé de ses parents, se laissant ainsi vivre, porter par les événements, jusqu’au jour où elle est contactée par Frédérick, le notaire d’une mystérieuse grand-mère, dont elle ignore tout et qui vient de décéder.

 

Que peut bien lui vouloir cette inconnue ?

 

La voici donc à Aubéry, lancée dans une chasse au trésor orchestrée de main de maître par la défunte.

Dans quel but ?

 

De fil en aiguille, c’est aussi un moyen pour elle de revenir aux sources, de découvrir enfin ses origines et peut-être d’avancer…

 

Nous plongeons donc dans le passé, aux côtés de Martin et Louise, ses arrière-grands-parents pour faire la rencontre d’une fille de ferme intelligente, les deux pieds bien sur Terre, douée pour le calcul et les transactions commerciales.

Elle cherche à s’extraire de sa condition et va réussir à tracer son chemin en devenant l’heureuse propriétaire d’un magasin, qu’elle dirige avec poigne, tout comme elle le fait avec sa famille, craignant à chaque instant de perdre ce qu’elle a si durement créé.

C’est une femme de tête, à une époque où celles-ci sont plutôt cantonnées aux tâches ménagères, comme sa mère et sa sœur.

 

Indépendante, elle suscite à la fois l’admiration et la colère du lecteur pour ce qu’elle a osé faire à sa fille, Rose, la grand-mère de Lola.

Je lui en ai énormément voulu, la haïssant pour son égoïsme qui vire à l’aveuglement et va causer la perte de toute une famille et pourtant, je me suis aussi rendue compte à quel point je tenais à elle, le pilier de cette famille, celle vers qui on se tourne en cas de coup dur, celle sur qui on peut compter pour prendre les choses en main, quand c'est nécessaire, au moment de sa mort (je ne spolie rien, il s’agit en effet d’une saga familiale s’étendant donc sur de nombreuses années et Louise étant l’arrière-grand-mère, celle par qui le malheur arrive – en partie, hein –, on sait bien qu’elle ne sera pas éternelle).

Je me suis alors mise à pleurer comme une madeleine… pour éclater de rire quelques minutes plus tard en prenant conscience que Lola était dans le même état que moi, à la lecture de ses lettres !

 

J’ai donc vécu ma lecture en parfaite phase avec les personnages, au diapason de leurs émotions et sentiments, totalement immergée dans leur passé et dans le présent, avec Lola, également.

J’en ai même rêvé la nuit, imaginant ce qui se serait passé si…

Et si…

 

Cette histoire d’amour contrarié m’a vraiment remuée, de même que ses conséquences sur le présent des êtres de cette famille encore de ce monde, comme Lola et Vincent…

 

Que de malheurs auraient pu être évités, si Louise avait été moins maladroite dans l’amour qu’elle porte à ses filles car oui, à mes yeux, c’est la principale raison de son geste : elle voulait garder Rose auprès d’elle, ne pas la voir partir. Rose n’est pas innocente non plus.

Jeune fille impétueuse, combative, sensible, passionnée et ayant hérité du tempérament de feu de Louise, elle aurait pu prendre sa vie en main, elle aussi, ne pas se laisser ronger par l’amertume, les regrets et la fatalité, se résignant à son tragique sort.

J’avoue, je n’ai pas beaucoup aimé ce qu’elle a fini par devenir, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, j’aurais aimé la secouer, la faire réagir mais c’est tellement plus facile vu de l’extérieur. Elle n’a pas eu une vie tranquille !

 

Je n’oublie pas non plus les moments d’accalmie, trouvés auprès d’elle et que l’on savoure, sachant qu’ils ne durent jamais bien longtemps mais aussi et surtout auprès de Lola et de ses amis, ceux qui ne l’ont pas quittée depuis l’enfance, tel Tristan, qui tente de la secouer, n’a pas peur de lui dire ses quatre vérités quand elle cherche à prendre la fuite ou les nouveaux : les propriétaires de l’auberge, Frédéric et sa femme, qui l’accompagnent dans sa quête, le beau Jim, bien sûr, qui rajoute un peu de piment à une histoire déjà bien épicée, autant de moments qui nous permettent de souffler, de reprendre des forces, l’auteur nous faisant vivre un véritable ascenseur émotionnel.

 

J’ai adoré voir évoluer Lola, reprendre sa vie en main, exorciser le passé, faire la paix avec lui, faire sortir tous les secrets enfouis du placard où ils empoisonnent le cœur de ce qu’il reste de cette famille meurtrie, celui de Vincent notamment, son cousin, qui ne voit pas son arrivée d’un très bon œil et l’accueille très froidement !

Vont-ils enfin pouvoir aller de l’avant ?

 

Bref, une lecture saisissante, poignante, un véritable coup de cœur, qui m’a remuée et dont j’ai eu beaucoup de mal à me remettre, longtemps hantée par Louise, Martin, Rose, Lola, Jim et tous les personnages, que j’ai eu du mal à quitter.

 

J’ai été emportée par le souffle romanesque de cette histoire de famille tragique alors que je ne suis pas spécialement fleur bleue, loin de là, mais nulle mièvrerie ici, elle est triste et belle à la fois et a su me faire voyager entre passé et présent, sans voir le temps passer, totalement happée par l’histoire.

Les lectures qui sont venues ensuite m’ont paru bien fades à côté, supportant très difficilement la comparaison !

 

 

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Avec Vue sur l'Arno de E.M. FORSTER

Genre : Roman

 

 

Quatrième de couverture :

 

Miss Bartlett ne s’en remet pas : pour son premier voyage à Florence, sa jeune cousine Lucy devait bénéficier d’une chambre avec vue.

 

Comment la tenancière de leur pension a-t-elle pu si cruellement les décevoir ?

 

Tandis que la jeune fille et son chaperon accusent le coup, M. Emerson et son fils Goerge, également pensionnaires, ont l’impertinence de proposer leurs propres chambres, qui, elles, ont vue sur l’Arno.

 

Son éducation prévient Lucy contre les Emerson, mais son instinct lui suggère que le mal n’est pas grand…

(…)

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Première rencontre avec E.M. Forster dont j’avais entendu le plus grand bien sur les blogs littéraires et… une fois n’est pas coutume, je vais encore jouer les vilains petits canards ^^ J’en ressors beaucoup moins conquise que la plupart de ceux qui l’ont lu…

 

Si la plume m’a plu, l’histoire, elle, ne m’a pas passionnée (ce n’est rien de le dire ! Je me suis ennuyée quasiment du début à la fin de ma lecture – un peu moins au début de la seconde partie mais c’était sans compter les atermoiements de Lucy, à la fin de celle-ci, qui durent et ont fini par me lasser !).

 

J’ai eu l’impression, durant la première partie, qu’il ne se passait absolument rien : on fait la connaissance d’un groupe d’aristocrates anglais en villégiature à Florence, dans la pension Bertolini et on  se contente de les suivre au cours de leurs pérégrinations dans les rues de la ville.

 

Le portrait que fait l’auteur de cette classe sociale n’est pas très brillant. On sent poindre l’ironie derrière…

 

Ces messieurs/dames restent sur leur quant-à-soi, entre eux et se révèlent très snobs et empruntés, telle Charlotte Bratlett, qui sert de chaperon à sa cousine, Lucy Honeychurch.

 

Elle s’excuse sans arrêt, passe son temps à se plaindre, en se faisant passer pour une martyre, qui se sacrifie pour la jeune demoiselle, comble tous ses désirs et s’offusque du geste de Mr Emerson, lequel leur propose leurs chambres, à lui et à son fils, George, afin qu’elles puissent bénéficier d’une vue sur l’Arno, comme elles le désiraient.

Elle a le chic pour compliquer une situation qui n’a pourtant rien de bien compliquée et pour transformer en drame le moindre fait innocent au nom de cette sacro-sainte bienséance, qu’ils appliquent davantage en paroles plutôt qu’en actes.

 

Elle forme un duo assez mal assorti avec Miss Lavish, écrivaine originale et loufoque, qui semble parler et agir librement et pourtant…

Elle aussi adopte la même attitude que les autres vis-à-vis des Emerson, qui ne sont pas du même milieu qu’eux et ne vaut donc au final pas mieux que les Misses Lane ou Mr Eager, le chapelain, pompeux, arrogant, donneur de leçons qui a provoqué le malheur de M. Emerson, qu’il rend pourtant responsable de sa propre stupidité et de son propre aveuglement, lui qui se dit cultivé et aime à étaler son savoir…

 

Certes, autre lieu, autre époque et autres mœurs mais on sent l’œil aiguisé et sans concession que pose l’auteur sur cette « bonne » société du début du 20ème siècle, engoncée dans les convenances et aveuglée par les préjugés, où chacun doit rester à sa place.

 

On observe d’ailleurs tout ce microcosme à travers notamment les yeux de Lucy, innocente jeune fille, qui fait son entrée dans la vie adulte et ceux de Mr Beebe, qui semble s’amuser de tout ce petit monde.

Seuls ces deux personnages ainsi que les Emerson, droits, francs, qui disent ce qu’ils pensent, comme ils le pensent, sans s’embarrasser justement de ces bonnes manières et autre étiquette, ont trouvé grâce à mes yeux.

 

J’ai trouvé cette première partie très longue et « vide », me demandant sans cesse quand il allait enfin se passer quelque chose, un événement marquant qui ferait basculer le récit et le rendrait plus captivant. Cela arrive à la fin de cette partie – il faut savoir être patient : j’ai failli abandonner ma lecture !

Celle-ci a suscité un regain d’intérêt : j’ai pensé que Lucy allait enfin évoluer, commencer à changer car elle prend conscience qu’elle souhaite prendre son destin en mains, être maîtresse de sa vie, décider par elle-même de ce qu’elle veut faire, pas comme Charlotte, qu’elle finit par prendre en pitié et exécrer.

 

Malheureusement, la seconde partie, concernant cette espérance, s’avère très décevante : elle quitte le giron de Charlotte pour se placer sous le joug d’un autre, Cecil Vyse, rencontré à Rome lors de ce même voyage et avec qui elle revient chez elle, en Angleterre, à Windy Corner, auprès de sa mère, Mrs Honeychurch et de son frère, Freddy.

 

J’ai immédiatement détesté son futur mari : intellectuel ou qui se dit tel, imbu de sa personne, méprisant envers ses hôtes, envers les provinciaux, en général, il essaye de modeler la jeune fille à son image, d’en faire « une des leurs » et celle-ci se laisse faire, semblant avoir oublié toutes ses velléités de liberté, de libre-arbitre.

 

J’ai davantage apprécié cette seconde partie, plus dynamique et à l’intrigue plus intéressante, même si le dénouement est assez prévisible (je l’ai vu venir quasiment dès le début du roman ^^).

 

Cependant, j’ai eu très envie de secouer Lucy, de la voir ouvrir enfin les yeux, sortir de son sommeil mais il n’en est rien !

Il faudra qu’un autre le fasse pour elle, encore une fois et après cela, loin d’agir, de prendre les choses en mains, elle fait l’autruche, se ment à elle-même, plus qu’aux autres, refusant d’admettre ses sentiments et comme Charlotte, se fait toute une montagne d’un petit rien, empirant davantage encore la situation.

 

Bref, du début à la fin, elle se conduit en éternelle enfant ! Et c’est bien dommage, j’aurais tellement aimé, comme Mr Beebe, la voir rompre la corde du cerf-volant.

Certes, elle va y parvenir mais ce n’est pas vraiment de son fait !

 

En bref, une première partie très longue et ennuyeuse, qui permet de présenter les personnages, dresse un tableau peu élogieux et flatteur de l’aristocratie anglaise, suivie par une seconde partie plus intéressante mais ce ne sera clairement pas la lecture du siècle, pour moi !

Si je me suis attachée à Lucy, elle m’a également déçue et l’histoire ne m’a pas plus intéressée que ça : j’ai vu venir les choses et là encore, le dénouement se fait longuet à cause des atermoiements de la jeune femme.

 

 

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Amour et amitié de Jane AUSTEN

Genre : Roman épistolaire

 

 

Résumé

(extrait de l’avant-propos de Pierre GOUBERT – avant-propos que je suis contente d’avoir lu après le roman de Jane Austen en question car encore une fois, il nous dit tout, spoile l'histoire dans son ensemble ce qui est déjà fort regrettable et ne laisse aucun mystère, aucune chance de le découvrir avec des "yeux neufs", dénué des ressentis et interprétations d'un autre : heureusement que je ne me fais plus avoir !) :

 

« Isabel presse son amie Laura de raconter à sa fille, Marianne, les aventures et malheurs de sa vie.

 

Comme cette amie est maintenant âgée de 55 ans, Isabel pense qu’elle est parvenue au terme de ses épreuves.

 

Laura n’est pas du même avis mais consent à tout dire dans une série de lettres qui constituent autant de petits chapitres.

(…) »

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Il s’agit ici d’une des Juvenilia, œuvres de jeunesse de Jane Austen, écrites quand elle était âgée de 11 à 17 ans soit entre 1787 et 1793.

 

C’est un court roman épistolaire dans lequel Laura, amie d’Isabel, raconte les déboires de sa vie passée à la fille de celle-ci, Marianne.

 

L’auteur use d’un ton emphatique, très maniéré, ampoulé, qui m’a un peu déstabilisée au départ mais j’ai mis cela sur le compte de sa jeunesse or, il n’en est rien : c’est le ton utilisé par Laura dans ses lettres et non le sien, il serait dommage de se méprendre, je l’ai compris plus tard dans ma lecture.

 

On voit qu’elle se moque doucement de son héroïne, qui se dit dotée d’une grande sensibilité, mot qui revient très souvent dans cette correspondance mais fait surtout preuve d’une parfaite mauvaise foi, a tendance à s’emballer très vite en amour et en amitié, dispensant l’un et l’autre à tort et à travers et entraînant dans son sillage de pauvres jeunes filles naïves et innocentes, comme Janetta.

 

Elle aime à parler d’elle-même et à se poser en victime, même quand sa conduite frise l’immoralité –

qu’est-ce que j’ai ri quand, avec Sophia, elles arrivent à retourner la situation à leur avantage quand McDonald les prend la main dans le sac, en train de le voler et que ce sont elles qui ont le culot de se sentir outragées !

Un grand moment !

 

Elle tombe également en pâmoison ou défaille à tout bout de champ !

 

Bref, le portrait d’elle dressé par l’auteur ne lui est pas très favorable mais là encore, Jane Austen le fait avec ironie et sarcasme, les faisant passer, elle et Sophia, pour de parfaites idiotes, égoïstes et hypocrites, pour le plus grand plaisir du lecteur !

 

Le récit n’a ni queue ni tête, ce qui le rend d’autant plus drôle et ne fait qu’accroître le ridicule des deux jeunes femmes et des situations plus rocambolesques les unes que les autres dans lesquelles elles se trouvent !

 

Un roman à prendre au second degré donc, qui m’a beaucoup fait rire et qui permet d’entrevoir tout le talent de la future grande écrivaine et montre cet œil malicieux, acerbe et d’une grande acuité qui lui est propre et qu’elle porte déjà sur ses personnages et le monde qui l’entoure.

 

On pourrait peut-être lui reprocher un certain manque de subtilité, dans le sens où les défauts de son héroïne sont vraiment « grossiers » et son ironie n’est pas encore aussi déguisée que dans ses œuvres maîtresses mais il faut bien comprendre que l’on a ici affaire à une satire, un pastiche des romans sentimentaux très en vogue à l’époque et c’est franchement réussi !

 

J’ai pris un réel plaisir à la lire ! J'ai même eu l'impression de ressentir l'amusement éprouvé par son auteure lors de son écriture !

 

Lu dans le cadre de la journée "romancière anglaise"

 

De la même auteure, sur le blog :

Lady Susan

Orgueils et Préjugés

 

Je suis contente : il m'en reste encore plein d'autres à découvrir ! ^^

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Délivrances de Toni MORRISON

Genre : Roman

 

 

Quatrième de couverture :

 

Bride est une femme magnifique.

La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme.

Pourtant, elle a aussi était un choc à sa naissance pour ses parents.

La jeune fille est prête à tout pour gagner l’amour de sa mère, même à commettre l’irréparable.

 

Au fil des années, Bride connaît doutes, succès et atermoiements.

 

Mais, une fois délivrée du mensonge et du fardeau de l’humiliation, elle saura se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité. (…)

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Deuxième lecture d’un titre de Toni Morrison et mon avis est bien différent cette fois-ci, plus mitigé et réservé que ce que j’avais pu ressentir pour Home (que je vous conseille !).

 

J’ai trouvé celui-ci noir, très noir : il n’y a pas beaucoup de lumière le long de ce chemin effectué par Bride, l’héroïne mais beaucoup de questionnements, sur ce qui s’est réellement passé dans son enfance, avec l’institutrice, Sofia Huxley, sur le pourquoi elle tient tant à la voir, à lui offrir des cadeaux quand on sait qui elle est et pourquoi elle a fait de la prison : pourquoi cette fascination teintée d’angoisse face à cette personne ?

 

Le lecteur sent bien qu’il y a anguille sous roche mais quelle teneur va prendre la révélation finale ?

Quelle « surprise » nous réserve-t-elle ?

 

En début de livre, chaque personnage nous délivre « sa » vérité, sa vision des choses et des événements, ce que j’ai bien aimé puis, petit à petit, les autres s’effacent et ne reste plus que Bride, principalement ou du moins, le fantôme de la petite fille en elle, celle à qui sa mère a appris à courber le dos, à être obéissante en raison de sa couleur de peau, que cette dernière a toujours rejetée.

Une petite fille en manque d’affection et d’amour maternel donc, qui a cherché sa vie durant à se conformer aux attentes des autres plus qu’à ses désirs à elle.

 

On la sent effrayée, sans défense devant la cruauté des adultes, une cruauté que Sweetness croit justifier aux yeux du lecteur, démunie devant le départ sans motif apparent et sans aucune explication de son amant, Booker, un homme en colère, hanté par le souvenir d’un frère trop tôt disparu, par la faute d’un abuseur d’enfants.

 

C’est le thème dominant de cette lecture : les marques, les cicatrices laissées par les blessures d’enfance.

Il y a une véritable concentration d’anciens enfants abusés autour de Lula Ann/ Bride, comme s’ils s’attiraient les uns les autres et cela m’a mise mal à l’aise et m’a semblé « trop ».

De même, j’ai parfois eu l’impression d’un certain épanchement de l’auteur et des personnages dans les détails « crasses » de ces histoires déjà pas simples à évoquer ou à supporter me concernant. C’est un sujet sensible chez moi, qui me met hors de moi et me donne la nausée à chaque fois, ceci expliquant sans doute mon ressenti…

Je ne m’attendais clairement pas à ça et je ne pense pas que j’aurais choisi ce titre en connaissance de cause…

 

Néanmoins, j’ai aimé cette quête de l’héroïne à la recherche d’elle-même, pour exorciser les démons du passé, en finir avec les mensonges et les non-dits, prendre sa vie en main et devenir femme, une femme en paix avec elle-même et avec la petite fille terrifiée au fond d’elle.

 

J’ai aimé la voir évoluer mais j’avoue avoir plus de mal avec les autres personnages, sauf peut-être Booker, dont on comprend la haine et la peur de laisser s’envoler ce frère adulé, admiré, mis sur un piédestal pour enfin tourner la page et continuer à vivre, comme sa famille l’a fait avant lui.

 

Des personnages cabossés par la vie, happés par la violence du monde adulte et surtout par la violence des adultes à leur égard, à l’âge de l’innocence et de l’insouciance, une innocence et une insouciance qu’ils n’ont jamais connues (Rain, Brooklyn, Bride) ou qu’ils ont vues s’éteindre trop vite (Booker), faisant d’eux des adultes boiteux, hantés par ce qu’ils ont vécu.

 

Bref, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans tout cela, contrairement aux souvenirs qu’ils me restent de Home.

Certes, ce que vivait les personnages étaient aussi durs et violents qu’ici mais j’avais l’impression qu’une petite lueur d’espoir parsemait le récit alors que dans Délivrances, elle m’a paru venir tard et encore, même l’espoir est teinté de noirceur, me semble-t-il, est bien mince…

 

La délivrance est finalement longue à arriver et est atténuée par les doutes de Sweetness, des doutes que le lecteur ne peut s’empêcher de partager…

 

 

Retrouvez toutes les lectures faites autour de l'auteur chez Enna, en ce jour anniversaire où nous fêtons Toni Morrison !

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Nos Chemins de travers (Tome 1) de Georgia CALDERA

Genre : Romance new adult

Série :

1. Nos Chemins de travers

2. Nos vagues à l'âme

 

 

Quatrième de couverture :

 

Depuis des années, Louis et Emma se côtoient sans vraiment se connaître.

 

Au lycée, au centre équestre et même à la fac, il est ce garçon populaire, star des concours et de sa promo, pour qui toutes les filles craquent en dépit de son arrogance.

 

Timide et réservée, Emma, elle, n’a qu’un objectif : passer inaperçue.

 

Leurs rapports se résument donc à une ignorance cordiale, jusqu’au jour où Louis décide d’humilier publiquement la jeune femme.

 

Mais un tragique accident va remettre les compteurs à zéro.

 

Après avoir mordu la poussière, Louis se heurte à une solitude cruelle et inattendue, qui lui montre la réalité sous un tout autre jour.

 

Emma sera-t-elle prête, elle aussi, à reconsidérer son jugement pour l’aider à se relever ?

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

D’un côté, il y a Emma, une jeune femme, étudiante en 1ère année de psychologie, très renfermée sur elle-même, habituée à raser les murs, à ne surtout pas faire de vague, pour que personne ne la remarque, elle et ses formes généreuses, sur lesquelles elle complexe, totalement inconsciente de la beauté qu’elle dégage.

Peut-être parce que trop consciente du jugement des autres à son égard, pendant les années collège mais aussi à cause du regard de sa mère, Eve, loin d’être bienveillant et rassurant, contrairement à celui d'Anne, sa meilleure amie ou plutôt, sa seule amie.

 

Toujours maîtresse d’elle-même, refusant de montrer à ses détracteurs que leurs injures et petits mots assassins ont la moindre emprise sur elle, elle a choisi de les ignorer et de garder le sourire, un sourire de façade, qui cache une grande fragilité.

Généreuse et serviable, elle ne sait pas dire non, ce qui va la conduire à devoir s'occuper de Louis, son pire ennemi, pendant sa convalescence, à la demande de Gloria, la tante de celui-ci et propriétaire du centre équestre dans lequel elle travaille, ce qui la met dans une drôle de situation...

 

De l’autre côté, il y a Louis, le beau gosse par excellence, intelligent, populaire, il a tout pour lui… et il le sait.

En effet, il est sûr de lui et de son charme.

Vénéneux, il séduit toutes les jolies filles qui ont le malheur de croiser sa route, pour mieux les laisser tomber et les humilier ensuite, y prenant du plaisir.

Une attitude qui semble lui donner le sentiment d’exister, de combler le gouffre béant en lui…

 

Tout semble donc les opposer et pourtant…

 

Au fil des pages, on se rend compte que ni l’un ni l’autre n’est vraiment celui ou celle qu’il semble être.

 

En présence l’un de l’autre, ils montrent un tout autre visage, faisant voler les masques le temps d’une rencontre souvent explosive.

La jeune femme timide et fragile devient mordante et éprouve une sourde et vive colère qu’elle a du mal à contenir et lui, le jeune homme arrogant et méprisant, se révèle maladroit, sensible et découvre des émotions qu’il tentait vainement de faire taire jusque-là.

 

J’ai beaucoup aimé cette romance new adult qui a su me surprendre malgré le côté prévisible de l’histoire d’amour qui va naître progressivement entre eux, par sa justesse, sa sensibilité et sa tendresse et par sa narration qui alterne le point de vue de l’un (à la troisième personne mais aussi à la première personne, à travers ses billets d’humeur, dont il discute ensuite avec Viviane, sa psy et que j’ai adoré lire, comme des moments où il se montre parfaitement sincère, sans fard, loin du personnage hautain et cruel qu’il s’est créé, pour nous montrer un Louis plus à fleur de peau, blessé, perdu, seul et désemparé à la fois par sa nouvelle situation, après la chute, qui porte atteinte à son intégrité physique mais aussi à son esprit d’indépendance et brise en mille morceaux la carapace qu’il a bâti autour de lui et aussi par les sentiments nouveaux qui émergent en lui au contact d’Emma et qu’il a beaucoup de mal à gérer) et de l’autre (à la troisième personne, ce qui rend encore plus épais le mystère qui entoure Emma, cette distance qu’elle met entre elle et le reste du monde).

 

Le personnage de Louis m’a énormément plu. C’est le genre de personnages que j’adore : beaucoup plus complexe qu’il n’y parait au premier abord, d’autant que le lecteur sent bien qu’il n’a pas encore tout dit, qu’il nous cache quelque chose à son sujet, un quelque chose qui pourrait bien tout faire basculer entre lui et Emma et qu’il n’ose d’ailleurs pas lui confier. Emma aussi est un personnage très attachant et touchant mais ma préférence va quand même à Louis…

 

Malgré ses 500 et quelques pages, le temps ne m’a jamais paru long. Elles se dévorent toutes seules, aucune ligne ne semble de trop, au contraire, j’aurais aimé avoir la suite à disposition dès la fin de ce premier tome pour pouvoir enchaîner au vu de ce final qui me fait grincer des dents !

 

On est plongé au cœur des émotions et des tourments des personnages, vivant les événements en même temps qu’eux et avec autant d’intensité, un tsunami de sentiments qui nous envahit et ne nous lâche plus jusqu’à la dernière page, qui nous recrache pantelants et désemparés à notre tour devant ce nouveau revirement, qui n’est que pure cruauté de la part de l’auteur : comment peut-elle nous faire ça ? Faire ça à Louis et à Emma, après tout ce qu’ils ont déjà vécu ? ^^

 

 

 

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L'Exception de AUƉUR AVA ÓLAFSDÓTTIR

Genre : Roman

 

 

Quatrième de couverture :

 

Dans le vacarme d’un réveillon de nouvel an, María n’entend pas ce que Flόki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos.

 

Heureusement, dans la nuit de l’hiver polaire, Perla est là, charitable voisine d’à peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale, qui surgit à tout moment de son appartement de l’entresol pour secourir fort à propos la belle délaissée….

(…)

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Lors du réveillon du jour de l’an, le mari de María lui annonce son homosexualité et son désir d’être désormais cohérent avec lui-même, de faire peau neuve et de commencer la nouvelle année en accord avec son orientation sexuelle, qu’il souhaite vivre au grand jour, la laissant seule avec leurs deux enfants, des jumeaux de deux ans et demi, pour aller habiter chez son amant.

 

Elle revoit alors sa relation avec lui à l’aune de cette nouvelle fracassante, une véritable surprise pour elle, se repassant en boucle les gestes, les paroles, les attitudes, les regards et les non-dits de son mari, les passant au crible de son analyse, à la lumière de ce qu’elle sait désormais : comment cela a-t-il pu lui échapper ?

Aurait-elle dû avoir des soupçons plus tôt ?

Certains indices n’auraient-ils pas dû lui mettre la puce à l’oreille ?

Y avait-il des signes avant-coureurs de leur rupture annoncée ?

 

Une rupture dont elle se rejoue la scène, encore et encore, ajoutant un nouveau détail, la transformant, la modifiant jusqu’à douter de son déroulement réel, étant à ce moment-là en état de choc, plus du tout maîtresse d’elle-même, comme absente.

 

L’auteur nous offre ainsi un roman très introspectif, où tout ou quasiment tout se joue à l’intérieur de la tête de son personnage principal, une femme blessée, qui pensait être heureuse en couple, vivre un mariage sans nuage et ce pour de nombreuses années encore et qui voit le ciel lui tomber sur la tête de manière brusque et violente.

 

J’ai beaucoup aimé cet aspect-là, voir l’héroïne passer par toutes les étapes du « deuil » de son histoire d’amour avec le père de ses enfants : le déni dans un premier temps puis la douleur, la culpabilité, la colère dans un troisième temps, le marchandage avec son ancien amant et ami, l’illusion que ce n’est que temporaire, qu’il va revenir, s’il ne le fait pas pour elle, au moins pour les enfants, il ne peut pas la laisser seule avec eux !, la dépression et la voir enfin se reconstruire lentement sous nos yeux, vivre toutes ses émotions de l’intérieur.

 

Tout cela m’aurait amplement suffi mais l’auteur vient greffer là-dessus les allers et venues intempestifs dans l’appartement de María de la voisine, Perla, qui s’inquiète pour elle et trouve n’importe quel prétexte pour lui rendre visite.

Certes, son attitude est toute à son honneur mais ses interventions semblent surtout un prétexte que saisit l’auteur pour évoquer le processus d’écriture.

 

Finalement, ses déboires d’écrivain semblent souvent prendre le pas sur l’oreille attentive qu’elle essaye de prêter à sa voisine et amie, me donnant l’impression d’un personnage très auto-centré et apportant de nombreuses digressions superflues et ennuyeuses dans un récit qui n’en avait à mon sens pas besoin !

 

Vient encore s’ajouter l’apparition inopinée du père biologique, venant accentuer l’impression de « joyeux bordel » que je n’ai pu m’empêcher de ressentir à cette lecture.

 

Un fouillis qui semble cependant parfaitement assumé par l’auteur comme elle le dit à son lecteur, entre les lignes, à travers la mise en abîme finale, ce qui laisse tout de même à penser qu’elle maîtrise totalement son intrigue, que malgré cette impression de fouillis, elle sait où elle veut en venir mais j’avoue que cela ne m’a guère convaincue…

 

Une lecture mitigée donc pour cette comédie dramatique à la sauce islandaise, dans laquelle on retrouve un peu de l’humour farfelu et absurde façon Arto Paasilinna, autre écrivain nordique, même si, pour moi, l’auteur de L’Exception est encore bien loin d’égaler le maître en la matière, elle n’a pas su m’emporter totalement dans son « délire »…

Le drame vécu par María et sa façon de le surmonter me suffisait et j’aurais aimé m’en tenir à cela.

Lecture faite dans le cadre de la LC du jour dédiée à l'Islande.

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Terre des oublis de Duong THU HUONG

Genre : Roman

 

 

Quatrième de couverture :

 

Alors qu’elle rentre d’une journée en forêt, Miên, une jeune femme vietnamienne, se heurte à un attroupement : l’homme qu’elle a épousé quatorze ans auparavant et que l’on croyait mort en héros est revenu.

 

Entre-temps, Miên s’est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu’elle aime et avec qui elle a un enfant.

 

Mais Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme.

 

Sous la pression de la communauté, Miên retourne vivre avec son premier mari.

(…)

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Histoire tragique de trois destins croisés, inextricablement liés, depuis le retour du soldat Bôn, premier mari de Miên, que tous croyaient mort pendant la guerre.

 

Entre-temps, elle a épousé Hoan, qui lui a donné un fils, Hanh et avec qui elle vit heureuse, comblée, dans leur maison confortable du Hameau de la montagne.

 

Obligée de revivre avec son ancien amour de jeunesse disparu il y a 14 ans, connu le temps d’un été et sans doute trop vite épousé, étant encore tous deux de jeunes adolescents, qui se connaissaient à peine, elle se conforme à ce que l’on attend d’elle.

 

Car elle le sent bien : a-t-elle réellement le choix ?

 

Les regards des voisins, trop contents de pouvoir enfin la regarder de haut, la jauger, lui indiquent le contraire !

Pétris de jalousie et d’envie au vu de sa situation plus que confortable depuis son mariage avec Hoan, riche propriétaire terrien, qui leur offre un emploi et dont la maison leur est pourtant toujours chaleureusement ouverte, ils n’attendent d’elle qu’un faux pas pour lui cracher leur mépris et leur bassesse au visage, pour se venger.

Ils ont donc choisi le camp de Bôn, le héros de guerre meurtri, un fantôme, ni tout à fait vivant ni tout à fait mort.

 

Osera-t-elle les défier ?

 

Son honneur et la peur d’être traitée en paria l’en empêche…

 

Elle doit donc renoncer à son véritable amour et à une existence dorée pour une existence misérable et sans amour avec Bôn.

Mais, s’il dispose de son corps, qu’il cherche à engrosser, pour mieux la retenir, jamais elle ne lui cédera son esprit et son cœur, qui appartiennent à un autre, exilé en ville, meurtri lui aussi, une coquille vide depuis cette douloureuse séparation.

 

L’auteur leur donne vie à tour de rôle, mettant en relief leurs sentiments, leurs émotions et ravivant les souvenirs, auxquels chacun se raccrochent désespérément et qui reviennent les hanter.

 

Une situation insoutenable, douloureuse, qu’elle évoque avec sensibilité et justesse, qui trouve un écho en nous et ne laisse pas le lecteur indifférent mais en attente, sur la brèche car un drame se joue devant nos yeux impuissants, on en est bien conscients.

D’ailleurs, j’ai dû lire la fin dès les premières pages, ne voyant aucune issue à ce nœud gordien qui m’a bouleversée, chamboulée, mise hors de moi, parfois, mais surtout angoissée et peinée.

J’ai eu maintes fois envie de les prévenir, de leur dire de faire machine arrière, de les consoler. Je me suis sentie prisonnière des événements, comme notre héroïne, emportée dans cette spirale infernale, malgré moi, malgré les barrières que j’ai tenté d’ériger pour me protéger, en vain !

 

Si l’on prend fait et cause pour Miên et Hoan dès le départ, comment en vouloir à Bôn ? N’a-t-il pas droit à sa part de bonheur lui aussi ?

D'un autre côté, pense-t-il réellement que celui-ci se trouve dans cette vie commune non désirée par celle qu’il aime et à laquelle il se raccroche, comme on s’accroche à une planche de salut ? D’ailleurs l’aime-t-il vraiment ?

Elle est la femme qui lui a permis d’affronter l’horreur de la guerre, qui l’a aidée à tenir dans ces temps difficiles, une figure idéalisée, un rêve, une illusion de bonheur…

 

Ce ménage forcé va finir par tourner au vinaigre, on le voit progressivement dans le mépris de Miên à son égard, dans son désir à lui de la faire plier, de la posséder, corps et âme.

 

Où cela va-t-il les mener ?

 

La question hante le lecteur au fur et à mesure que les pages se tournent, pour ne plus le quitter qu’à la toute fin.

 

Ce roman est aussi une magnifique invitation au voyage à travers l’écriture, dont j’ai savouré chaque mot, qui fait appel à nos cinq sens, qui suscite nos yeux, nos oreilles, notre odorat, notre goût et notre toucher, à travers ces descriptions évocatrices des paysages du Viet-Nam d’après-guerre, en pleine époque communiste, ses couleurs, à travers sa faune et sa flore, ses sons, comme le chant des oiseaux, ses odeurs de nourriture et qui titillent nos papilles ou bien encore l’éveil à la sensualité des personnages.

 

 

"Les matins d'automne, la vallée se couvre de fleurs vert foncé, minuscules comme des gouttes de rosée. Ce sont sans doute les plus éphémères des fleurs. Elles ne vivent que quelques heures. Vers sept heures ou sept heures et demie, le soleil d'automne sèche les herbes, les boutons commencent à s'ouvrir. Vers huit heures, les fleurs s'épanouissent, elles vivent quelques instants la plénitude de leur extraordinaire beauté. Elles fleurissent en grappes, dansent comme des milliers et des milliers de gouttelettes verts sur les feuillages épais, d'une blancheur de marbre, illuminés par des reflets d'argent velouté. Vers dix heures ou dix heures et demie, les pétales graciles se fanent, se fripent, s'enroulent. A midi juste, les cinq pétales froissés, ratatinés, se tassent en un point noir. Aucun peintre n'a encore réussi à rendre le vert étrange de cette fleur, aucun poète n'a encore su décrire sa beauté chimérique."

 

 

C’est un aspect que j’avais déjà eu l’occasion de constater dans Itinéraire d’enfance mais c’est encore plus prégnant ici, ce qui rend l’histoire encore plus vivante, tangible et nous rapproche d’autant plus des personnages : on a l’impression d’être à leurs côtés, de pouvoir quasiment les toucher !

Sont évoqués aussi les us et coutumes du pays, partagé entre traditions et ouverture progressive à la modernité.

 

En bref, ce n’est pas seulement un très bon roman, c’est un grand roman, de ceux qui ont la force de nous emporter dans un tourbillon d’émotions, de nous faire voyager sans même bouger de chez nous, de ceux qui nous transportent !

 

Même si j’ai une préférence pour Itinéraire d’enfance, que j’ai trouvé plus lumineux, sans doute (même s’il a également sa part d’ombre), moins douloureux et où pointe de manière plus ostensible une lueur d’espoir,  je suis ravie d’avoir enfin ouvert celui-ci, que j’avais totalement oublié dans ma Pal et qui me laisse pantelante, à bout de souffle et toute retournée.

 

Merci donc Blandine pour cette lecture commune ! Je vous invite à aller consulter son avis, ici.

 

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Orgueil et Préjugés de Jane AUSTEN

(Réflexion ô combien importante (hem hem) mais je préfère les nouvelles couvertures de l'éditeur (10/18) beaucoup plus jolies (j'ai mis celle de mon exemplaire - que je n'aime pas -, je vous mets la "nouvelle" en fin de billet, pour vous faire votre propre opinion))

 

Genre : Roman (classique)

 

 

Présentation de l’éditeur (Gallimard) - je n'aime pas celle de mon édition et j'ai la flemme de faire un résumé moi-même ^^ :

 

Orgueil et préjugés (1813) est le roman le plus populaire de Jane Austen.

 

L'histoire en est simple : Elizabeth Bennet, qui se croit dédaignée par Darcy, jeune homme riche et hautain, s'amourache d'un bel officier, Wickham.

 

Au roman sentimental et de coup de foudre, Jane Austen substitue celui qui décrit l'évolution d'une psychologie plus complexe, où se mêlent la raison, le sentiment de gratitude, la méfiance à l'égard des «premières impressions».

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Première lecture de Jane Austen dont j’ai tellement entendu parler. En effet, même sans l’avoir lu, impossible de passer à côté de l’évocation des personnages : Elizabeth Bennett et Mr Darcy, sur la blogosphère littéraire !

 

Le début de ma lecture ne s’est pourtant pas fait sans heurt.

L’histoire tourne principalement autour du mariage des filles de Mrs Bennett, en somme rien de très excitant (je sens que je vais me faire lyncher mais tant pis, c’est dit ^^).

 

De plus, l’écriture est également très classique (mais pas désagréable, bien au contraire, seulement, cela m’a demandé un certain temps d’adaptation ! –«  Comme à chaque fois que j’ouvre un classique » me souffle la petite voix dans ma tête ^^).

 

Bref, je craignais déjà d’être (encore une fois !) le vilain petit canard en passant totalement à côté de cette lecture et puis, est arrivé le passage où Mr Darcy donne une lettre d’explication à Elizabeth, une lettre qui remet en cause tout ce qu’elle pense de lui – et que le lecteur partage avec elle !

 

Ma lecture est alors devenue beaucoup plus intéressante avec ce changement de perspective et l’habilité de l’auteur à remettre en question la clairvoyance de notre héroïne, jusqu’ici joliment vantée et mise en avant ^^

 

L’auteur analyse finement l’âme humaine, ne cachant rien des qualités et des défauts de ses personnages dont elle semble d’ailleurs s’amuser, comme le montre son ton ironique et sarcastique mais sans méchanceté, plutôt avec une grande acuité et sans complaisance non plus.

 

Je n’avais aucun mal à me la représenter avec un petit sourire en coin, en train d’écrire son manuscrit, le même petit sourire qui est souvent venu soulevé mes lèvres, quand elle évoque Mrs Bennett, par exemple, qu’elle prend plaisir à tourner en ridicule, soulignant son manque d’intelligence flagrant et sa manie d’en faire et d’en dire toujours trop, mettant souvent ses filles, Jane et Elizabeth, dans l’embarras.

 

Si Mrs Bennett n'est pas épargnée, tous en prennent pour leur grade : Mr Collins et sa flagornerie, son côté obséquieux qui m’insupportait et me faisait doucement rigoler en même temps, un vrai lèche-botte patenté doublé d’un personnage sûr de son importance, Lydia et sa futilité, son sans gêne hérité de sa mère sans doute et son aplomb qui frise l’inconscience et Catherine, qui semble suivre le même chemin, Mary, toujours plongée dans un livre, avide de se cultiver ou même la douce Jane, extrêmement charitable, d’humeur toujours égale, la confidente de notre héroïne mais d’une grande naïveté dans son désir de ne voir chez les autres que le bien, jamais le mal, Charlotte et son pragmatisme, Lady de Bourgh, toujours prompte à donner son opinion sur tout et sur tout le monde, qui n’aime pas qu’on la contredise (avec Elizabeth, elle va être servie !), les sœurs Bingley, de vraies pimbêches, hypocrites et qui, dans l’ombre, vont tout mettre en œuvre pour empêcher l’union de Jane et de leur frère, assez volatile de son côté ou encore Mr Bennett, n’aimant rien tant que se moquer de sa femme et la faire tourner en bourrique mais n’ayant finalement aucune prise sur les événements car réagissant trop tard, et qui perd ainsi de sa superbe, même aux yeux de sa fille préférée, Elizabeth (et même si j’ai une grande tendresse pour lui, un de mes personnages préférés !).

 

Les héros n’échappent pas eux non plus à l’œil et à la critique acérés de leur créatrice : on voit bien que l’opinion d’Elizabeth à l’égard de Mr Darcy souffre beaucoup de l’affront qu’il lui fait lors de leur première rencontre.

Il a froissé son ego et elle a aussi la vilaine habitude de porter des jugements souvent plein de bon sens et véridiques mais parfois hâtifs, comme vont ensuite le montrer les événements, sur les personnes qui l’entourent, que ce soit sur Mr Wickham ou sur Mr Darcy.

 

En même temps, comment lui en vouloir concernant ce dernier ?

Il est vrai qu’il n'apparaît pas sous son meilleur jour, au tout début du roman. Il nous est finalement décrit par contraste avec Mr Bingley. Les deux sont comme l’ombre et la lumière ou comme le jour et la nuit.

Autant Mr Bingley est avenant, de bonne compagnie, agréable et disert, autant Mr Darcy parait peu sympathique, hautain, suffisant et ombrageux. Heureusement, il se dévoile peu à peu au cours du récit et là où on voyait de l’arrogance et un sentiment de supériorité se substituent une grande discrétion, un sens accru des responsabilités et des convenances, un homme avec la tête sur les épaules, à la différence de son ami, qui parait plus impulsif, moins apte à prendre des décisions seul, en se faisant sa propre opinion.

Sans doute aussi la réaction d’Elizabeth à sa demande l’a-t-elle poussé à se remettre en question, comme il le lui fait savoir à la fin et à changer…

 

Finalement, seuls les Gardiner semblent échapper aux sarcasmes de l’auteur…

 

Je vous invite à lire la préface de Virginia Woolf (présente dans l’édition 10/18), très instructive sur l’ensemble de l’œuvre de Jane Austen et qui fait également une belle analyse de ce livre-ci en particulier !

 

Je ne saurai faire mieux !

 

En bref, ne vous laissez pas décourager par le premier quart de la lecture, poursuivez.

Même si l’histoire en elle-même n’a rien d’extraordinaire, avec sa thématique du mariage, en vogue à l’époque pour les demoiselles de bonne famille et notamment pour celles de la petite bourgeoisie, dont font partie les sœurs Bennett, pour asseoir leur position sociale, notamment et pourquoi pas, entrer dans « la cour des Grands », l’écriture de Jane Austen et la psychologie des personnages, justes, sans concession et faisant preuve d’une grande acuité et d’une ironie sans appel, sauront sans nul doute vous séduire, reproduisant avec un grand réalisme les préoccupations et les esprits de ses contemporains de la « bonne » société, plein d’orgueil et de préjugés, des travers très (trop) humains ! - et très courants, pas seulement dans la "bonne société", que ce soit à l'époque ou de nos jours, je ne prétends d'ailleurs pas y échapper ^^, ce qui rend cet ouvrage finalement très moderne aussi en un sens !

 

 

Chose promise, chose due, la "nouvelle" couverture des éditions 10/18 :

 

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La Petite Librairie des cœurs brisés d'Annie DARLING

Genre : Romance

Série :

1. La Petite Librairie des cœurs brisés

2. Coup de foudre à la librairie des cœurs brisés

 

 

Quatrième de couverture :

 

Amoureuse des livres depuis toujours, Posy travaille dans une vieille librairie londonienne et passe son temps à lire des romances.

 

A la mort de la propriétaire, elle hérite de cette institution qui périclite à vue d’œil.

 

La jeune femme remue alors ciel et terre pour éviter la faillite et fonder la librairie de ses rêves, spécialisée dans la littérature sentimentale, Au bonheur des tendres.

 

Mais, Sebastian, petit-fils de l’ancienne propriétaire, espère en faire un haut lieu du roman policier.

 

Si Posy ne change pas d’avis, il a les moyens de faire de sa vie un enfer…

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Un petit roman bien sympa, frais et léger, parfait pour moi en ce moment, avec le stress des révisions !

 

Comment ne pas se reconnaître dans certaines attitudes de lectrice de Posy ?

La scène avec les piles de livres partout qui menacent de s’écrouler sur elle à tout moment et où Sebastian craint qu’elle ne finisse enterrée vivante dessous m’a beaucoup amusée (je me suis aussi bien reconnue dedans. Hum hum…), d’autant que malgré cela, elle continue à en collectionner… même s’il essaye de la retenir !

 

Des personnages attachants, les principaux comme les secondaires, hauts en couleurs et originaux, que l’on devrait retrouver dans les tomes suivants (le second semble d’ailleurs consacré à Verity, la directrice adjointe, introvertie à l’extrême, qui refuse tout contact avec les clients et joue la voix de la raison avec Posy).

 

Une belle équipe de bras cassés, entre Nina, la tatouée, aux cheveux qui changent de couleurs en fonction de son humeur du jour et qui a le chic pour s'enticher des hommes les moins recommandables possibles, comme le sournois Piers, Verity donc et Tom, l'étudiant dont on ignore le sujet de thèse (et qui semble l'ignorer lui-même ^^).

S'ajoutent à cela Sam et Petite Sophy, des ados qui paraissent souvent beaucoup plus adultes que ceux qui les entourent !

 

Il y a enfin Posy, l’héroïne, 28 ans, tutrice de son frère Sam, 15 ans, depuis la mort de leurs parents, il y a 7 ans.

Une mort qui l'a changée et qui semble avoir arrêté le temps pour elle, l'enfermant dans ses souvenirs. 

Elle refuse ainsi de toucher au salon de thé attenant à la librairie, territoire de sa mère et a fait de la chambre de ses parents défunts un véritable sanctuaire, ce qui la rend aussi fragile et attendrissante.

 

Drôle (souvent malgré elle ^^), parfois immature et ayant du mal à prendre des décisions, elle se retrouve avec une librairie au bord de la faillite sur les bras, et le petit-fils de la propriétaire, Sebastian Thorndyke, à qui personne n’ose jamais dire non, grossier personnage, qui prend un malin plaisir à la tourmenter encore et encore….

 

A la fois détestable et très énervant par son côté tyrannique, qui cherche à tout contrôler, et son arrogance, sa muflerie mais que le lecteur ne peut s’empêcher d’aimer dans le même temps, comprenant bien avant Posy qu’il tente finalement de l’aider, à sa manière bien à lui, maladroite et rentre dedans !

 

Des échanges croustillants en perspective dont on devine sans mal la conclusion, certes, mais que l’on savoure tout de même avec délice !

 

Une lecture drôle et tendre à la fois, très midinette, c’est vrai mais j’aime bien de temps en temps et je n’ai pas boudé mon plaisir !

 

 

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Le Beau Monde d'Harriet LANE

Genre : Roman

 

Quatrième de couverture :

 

Le beau monde, Frances Thorpe n’en fait pas partie.

 

Secrétaire de rédaction pour un journal, elle regarde briller les gens de lettres et les artistes dans les articles qu’elle corrige.

 

Jusqu’au jour où elle croise sur sa route une voiture accidentée et recueille les derniers mots de la conductrice.

 

La famille souhaite la rencontrer.

Le mari de la victime n’est autre que Laurence Kyte, un grand écrivain.

Ses enfants, Teddy et Polly, sont superbes.

 

Frances les observe.

 

Elle veut être avec eux.

 

Elle veut être à leur place.

 

A tout prix.

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Cette lecture m’a laissé une impression semblable à celle éprouvée lors du visionnage d’un film de Woody Allen, le seul vu à ce jour (Vicky Cristina Barcelona) : c’est lent, il ne se passe pas grand-chose, l’histoire en elle-même n’a rien d’extraordinaire et pourtant, on reste happé par notre lecture, comme scotché devant notre écran, devant le tableau dressé par l’auteur de son personnage principal.

 

Elle réalise une fine analyse de Frances Thorpe, en toute simplicité, avec toute la complexité du personnage : une opportuniste qui va saisir l’occasion qui s’offre à elle de faire partie de ce monde qu’elle envie tant et qui, pour cela, s’introduit insidieusement, subrepticement, dans la vie de cette famille dont le nom est reconnu comme un grand nom de la scène littéraire contemporaine, celle d’Alys et de Laurence Kyte.

 

Tout le monde n’y voit que du feu et ne comprend pas les intentions cachées de notre héroïne sous ses dehors compatissants, attentionnés et empathiques, bonne pâte et à l’écoute de Polly dans un premier temps, la benjamine de la fratrie, égoïste et immature, qui aime s’écouter parler et se faire plaindre.

Du pain béni pour Frances !

 

Le lecteur, lui, est aux premières loges de ce véritable coup monté, il partage les faits et gestes, les pensées et les petites graines semées, l’air de rien, par Frances, qu’elle n’aura plus ensuite qu’à se baisser pour recueillir !

 

On la voit manigancer dans l’ombre pour prendre doucement mais très sûrement la place de l’absente, Alys, tout cela à l’aide de son don d’observation acéré et de ses talents d’écoute, ce qui est rendu plus facile par son apparence de fille invisible, terne et banale, une fille qu’elle était encore il y a peu, jusqu’à ce que l’accident réveille ses ambitions endormies et ne vienne bousculer sa petite vie bien rangée, en ayant des incidences jusque dans son travail…

Un loup caché sous l’apparence d’un agneau…

Un loup très ordinaire.

 

Un roman « particulier », que j’ai bien aimé, alors que ce n’était pas gagné au départ, j’ai eu du mal à m’immerger dedans dans un premier temps, du fait peut-être de cette lenteur et cette absence d’une réelle histoire.

 

Pour être plus claire, ce n’est pas qu’il n’y a pas d’histoire mais l’auteur nous conte une histoire somme toute assez ordinaire (même si on ne rencontre pas tous les jours des Laurence Kyte ^^ mais bon, je veux dire ordinaire dans le genre possible, réaliste, sans fioriture, accessible, à laquelle on peut croire sans peine, proche de la vie « réelle» finalement, du fait certainement de son personnage principal, Frances, qui pourrait être comme n’importe qui d’autre dans la vie de tous les jours).

 

Puis, sans m’en rendre compte, je me suis trouvée happée, prise dans les filets de Frances, moi aussi, incapable de décrocher et désireuse finalement de savoir si ses plans allaient aboutir, captivée, fascinée par son côté manipulatrice.

Une manipulatrice qui la joue fine, diablement machiavélique !

 

L’histoire tient davantage sur cette tension, sur cette attente en fin de compte.

 

Je suis contente d’avoir découvert cette auteur (grâce à un avis de MyaRosa, si mes souvenirs sont bons) vers laquelle je reviendrai certainement.

 

Si vous êtes vous aussi tentés, ne vous laissez pas décourager par l’aspect « bloc » du texte, qui peut rebuter (il n’y a pas de découpage en chapitres, juste un texte en un seul bloc, séparé par des sauts de ligne entre chaque « partie »).

Une petite curiosité de lecture à découvrir ! J'espère vous avoir donné envie, même si mes mots ont été parfois maladroits, j'en ai bien conscience. Difficile de rendre toute l’ambiguïté et la richesse de cette lecture en quelques lignes !

 

 

 

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