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Irmina de Barbara YELIN

Genre : BD

 

 

Quatrième de couverture :

 

Jeune femme ambitieuse, Irmina quitte l'Allemagne pour Londres au milieu des années trente, pour suivre une formation de secrétaire bilingue.

Elle y fait la connaissance d'un noir, Howard, et sympathise avec ses aspirations à une vie indépendante.

 

Sa liaison avec lui connaît une fin précipitée, quand la situation politique l'oblige à rentrer à Berlin.

 

Dans l'Allemagne national-socialiste, il est vite évident qu'elle ne pourra faire son chemin dans la société qu'en fermant les yeux sur les crimes du régime.

Mais les événements politiques ressemblent à une escalade sans fin...

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Comme d’habitude, quand il s’agit de BD (ou de manga), je ne peux me détacher du dessin et de ce qu’il m’inspire. Aussi, concernant ce titre, j’avoue que ce n’est franchement pas la première chose qui m’ait attirée mais bien l’histoire. J’ai trouvé les traits mal dégrossis, ils manquent de finesse à mon goût et tiennent davantage du croquis dans certaines cases : j’ai donc eu beaucoup de mal à accrocher avec le dessin, heureusement, je ne me suis pas arrêtée là !

 

Il y a trois parties : une a lieu en 1938, en Angleterre : Irmina vient suivre des études pour s’affranchir de sa condition de femme, pour avoir le choix, être libre et indépendante.

C’est une jeune fille allemande qui va se confronter à la peur de l’étranger et aux idées reçues dans cette Angleterre d’avant-guerre.

 

Elle fait la rencontre d’Harold Green, étudiant en droit, noir, qui cherche lui aussi à s’affranchir de sa condition.

 

Combattive, ouverte d’esprit, progressiste et idéaliste dans un monde renfermé sur lui-même, suspicieux, elle se bat pour ses idées avec courage et n’a pas la langue dans sa poche, ce qui fait l’admiration d’Harold mais ils vont être rattrapés par les événements…

 

La deuxième partie voit Irmina évoluer en Allemagne.

Obligée de rentrer au pays, elle travaille désormais pour le gouvernement.

Pour elle, ce n’est qu’un travail temporaire, elle rêve encore de pouvoir repartir en Angleterre.

 

On la voit tout d’abord lutter contre l’idéologie nazie qui fait son chemin dans le cœur de la population et pousse les gens, même ceux que l’on considère comme ses meilleurs amis, à la délation.

Toujours aussi fougueuse et prompte à réagir, il lui faut apprendre à se contenir un minimum, à garder pour elle ce qu’elle pense, si elle tient à la vie et subtilement, on la voit changer sans rien pouvoir y faire et devenir ce qu’elle a toujours voulu fuir : une parfaite petite femme d’intérieur.

 

La jeune fille aux idées égalitaires, aux velléités d’indépendance et de liberté, la battante, la révoltée contre l’ordre établi et les idées préconçues disparaît tout doucement et laisse place à une femme effacée, que l’on a du mal à reconnaître et qui finit peu à peu par adopter l’idéologie dominante, par y croire aussi.

 

Ce changement parait tellement réaliste : on n’a aucun mal à y croire et, si le lecteur lui en veut, dans un premier temps, se pose ensuite la question : « et moi, qu’aurais-je fait à sa place ? Aurais-je eu le courage qui l’a déserté ? Aurais-je renoncé à mes idéaux dans la même situation pour me fondre dans la masse, pour ne pas me faire remarquer, faire comme tout le monde, continuer d’avancer en mettant des œillères, en faisant semblant de ne rien voir ? »

 

Finalement, les circonstances de l’époque ne semblent pas lui avoir laissé beaucoup de choix… L’instinct de survie a pris le pas sur le courage et l’esprit critique, d’autant qu’elle se retrouve seule, abandonnée par celui qu’elle a tant aimé…

 

Arrive enfin la fin de la guerre et s’ouvre la troisième partie où elle retrouve Harold à la Barbade.

 

Qu’est-il devenu ?

A-t-il refait sa vie lui aussi après leur brève histoire d’amour ?

Est-il heureux ?

Comment lui dire ce qu’il s’est passé entre-temps ?

 

Les mots ne viennent pas, d’autant que son ami a encore en tête la jeune fille rencontrée en Angleterre, une jeune fille qui n’est plus et s’est finalement trahie elle-même…

 

J’ai aimé ses retrouvailles, on ressent toute la force des non-dits et on ne peut qu’éprouver des regrets pour eux, pour ce qui aurait pu être si seulement…, surtout pour Irmina, car Harold, lui, est passé à autre chose.

 

Bref, si j’ai eu beaucoup de mal avec les dessins, j’ai aimé cette histoire d’amour avortée, j’ai aimé les questions qui se posent à la lecture, voir le changement s’opérer progressivement en Irmina et rendre tangible le fait que la population allemande a suivi Hitler, tout le réalisme psychologique est très bien rendu par l’auteur, la perte d’individualité et comment une idéologie peut gagner tout un pays.

Même la fin, si elle est frustrante, n’en est pas moins cohérente.

 

Une histoire qui fait froid dans le dos, qui fait terriblement écho à l’actualité, me semble-t-il, avec la montée des nationalismes dans le monde, à mettre entre toutes les mains pour ne pas que l’histoire/Histoire se répète…

Enfin, me revoilà ! ^^

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Délivrances de Toni MORRISON

Genre : Roman

 

 

Quatrième de couverture :

 

Bride est une femme magnifique.

La noirceur de sa peau lui confère une beauté hors norme.

Pourtant, elle a aussi était un choc à sa naissance pour ses parents.

La jeune fille est prête à tout pour gagner l’amour de sa mère, même à commettre l’irréparable.

 

Au fil des années, Bride connaît doutes, succès et atermoiements.

 

Mais, une fois délivrée du mensonge et du fardeau de l’humiliation, elle saura se reconstruire et envisager l’avenir avec sérénité. (…)

 

 

Ce que j'en ai pensé :

 

Deuxième lecture d’un titre de Toni Morrison et mon avis est bien différent cette fois-ci, plus mitigé et réservé que ce que j’avais pu ressentir pour Home (que je vous conseille !).

 

J’ai trouvé celui-ci noir, très noir : il n’y a pas beaucoup de lumière le long de ce chemin effectué par Bride, l’héroïne mais beaucoup de questionnements, sur ce qui s’est réellement passé dans son enfance, avec l’institutrice, Sofia Huxley, sur le pourquoi elle tient tant à la voir, à lui offrir des cadeaux quand on sait qui elle est et pourquoi elle a fait de la prison : pourquoi cette fascination teintée d’angoisse face à cette personne ?

 

Le lecteur sent bien qu’il y a anguille sous roche mais quelle teneur va prendre la révélation finale ?

Quelle « surprise » nous réserve-t-elle ?

 

En début de livre, chaque personnage nous délivre « sa » vérité, sa vision des choses et des événements, ce que j’ai bien aimé puis, petit à petit, les autres s’effacent et ne reste plus que Bride, principalement ou du moins, le fantôme de la petite fille en elle, celle à qui sa mère a appris à courber le dos, à être obéissante en raison de sa couleur de peau, que cette dernière a toujours rejetée.

Une petite fille en manque d’affection et d’amour maternel donc, qui a cherché sa vie durant à se conformer aux attentes des autres plus qu’à ses désirs à elle.

 

On la sent effrayée, sans défense devant la cruauté des adultes, une cruauté que Sweetness croit justifier aux yeux du lecteur, démunie devant le départ sans motif apparent et sans aucune explication de son amant, Booker, un homme en colère, hanté par le souvenir d’un frère trop tôt disparu, par la faute d’un abuseur d’enfants.

 

C’est le thème dominant de cette lecture : les marques, les cicatrices laissées par les blessures d’enfance.

Il y a une véritable concentration d’anciens enfants abusés autour de Lula Ann/ Bride, comme s’ils s’attiraient les uns les autres et cela m’a mise mal à l’aise et m’a semblé « trop ».

De même, j’ai parfois eu l’impression d’un certain épanchement de l’auteur et des personnages dans les détails « crasses » de ces histoires déjà pas simples à évoquer ou à supporter me concernant. C’est un sujet sensible chez moi, qui me met hors de moi et me donne la nausée à chaque fois, ceci expliquant sans doute mon ressenti…

Je ne m’attendais clairement pas à ça et je ne pense pas que j’aurais choisi ce titre en connaissance de cause…

 

Néanmoins, j’ai aimé cette quête de l’héroïne à la recherche d’elle-même, pour exorciser les démons du passé, en finir avec les mensonges et les non-dits, prendre sa vie en main et devenir femme, une femme en paix avec elle-même et avec la petite fille terrifiée au fond d’elle.

 

J’ai aimé la voir évoluer mais j’avoue avoir plus de mal avec les autres personnages, sauf peut-être Booker, dont on comprend la haine et la peur de laisser s’envoler ce frère adulé, admiré, mis sur un piédestal pour enfin tourner la page et continuer à vivre, comme sa famille l’a fait avant lui.

 

Des personnages cabossés par la vie, happés par la violence du monde adulte et surtout par la violence des adultes à leur égard, à l’âge de l’innocence et de l’insouciance, une innocence et une insouciance qu’ils n’ont jamais connues (Rain, Brooklyn, Bride) ou qu’ils ont vues s’éteindre trop vite (Booker), faisant d’eux des adultes boiteux, hantés par ce qu’ils ont vécu.

 

Bref, il n’y a pas beaucoup d’espoir dans tout cela, contrairement aux souvenirs qu’ils me restent de Home.

Certes, ce que vivait les personnages étaient aussi durs et violents qu’ici mais j’avais l’impression qu’une petite lueur d’espoir parsemait le récit alors que dans Délivrances, elle m’a paru venir tard et encore, même l’espoir est teinté de noirceur, me semble-t-il, est bien mince…

 

La délivrance est finalement longue à arriver et est atténuée par les doutes de Sweetness, des doutes que le lecteur ne peut s’empêcher de partager…

 

 

Retrouvez toutes les lectures faites autour de l'auteur chez Enna, en ce jour anniversaire où nous fêtons Toni Morrison !

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