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coups de coeur

Lettres à sa fille de Calamity Jane

Genre : Lettres

Quatrième de couverture :

Le 8 mai 1941, Madame Jean McCormick, invitée de l’émission « We the people » sur CBS, prétend être la fille de Calamity Jane et détenir les lettres que sa mère lui auraient écrites durant vingt-cinq ans. Les lecteurs découvrent alors une Calamity Jane sensible et aimante, une femme rongée par le remords d’avoir abandonné son enfant qu’elle ne pouvait élever. Cette femme d’exception, figure emblématique du Far West, voulait que sa fille connaisse une vie stable et profite d’une éducation solide. Elle la fit adopter par un couple originaire de l’Est américain, Jim et Helen O’Neil.

 

Ce que j'en ai pensé :

Des lettres où percent l’amour d’une mère pour sa fille, d’une femme pour un homme, Wild Bill, le père biologique de Janey et l’affection d’une femme pour le père adoptif de celle-ci, à qui elle voue une profonde affection, une reconnaissance sans borne et beaucoup d’admiration, pour avoir recueilli son enfant et lui apporter tout ce qu’elle ne peut lui offrir : un avenir confortable. Tout cela transparait dans l’écriture de Jane. J’ai lu ces lettres la gorge nouée devant tant d’amour. On la découvre sous un autre jour, loin des Lucky Luke de mon enfance. C’est une femme attentionnée, généreuse, toujours à prendre sous son aile la veuve et l’orphelin. Une mal-aimée qui souffre de sa solitude profonde et des cancans colportés sur son compte par les hommes mais surtout par les femmes de Deadwood (ou parfois par elle-même), une ville où elle revient souvent mais qu’elle déteste pourtant. C’est un esprit libre, une femme indépendante, différente de toutes ces bécasses qui se marient après s’être fait engrosser, pour éviter le scandale. Elle vit de son propre travail : tantôt infirmière, tantôt gardienne de troupeaux, conductrice de diligence, associée de Wild Bill, US Marshall dont elle cherche à éclaircir la mort. Néanmoins, Calamity Jane n’est jamais très loin : si elle répugne à tirer pour tuer, elle n’hésite pas cependant à jouer des poings quand on lui cherche des crosses, les femmes de Deadwood en savent quelque chose. Un grand moment d’anthologie !

Ces lettres sont aussi en toile de fond le témoignage d’une époque révolue : celle du Far West, des saloons, des grands espaces désertiques et inhospitaliers, des pillages de diligence par des bandes de hors-la-loi, des indiens et des cow-boys. On y croise des figures de légende comme Jack Dalton, Jesse James ou Bill Cody (Buffalo Bill).

Un livre à garder à portée de main, pour pouvoir relire une ou deux lettres de temps en temps…

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Miss Charity de Marie-Aude MURAIL

 

Genre : Littérature jeunesse

 

Quatrième de couverture :

Charity est une fille.

Une petite fille.

Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d’échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde.

Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Les adultes qui l’entourent ne font pas attention à elle, ses petites sœurs sont mortes. Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par cœur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige, avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

 

Ce que j'en ai pensé :

Une lecture que j’ai adoré, qui m’a rappelé de très bons souvenirs. Je ne l’ai jamais caché, j’adore les romans se passant en Angleterre, pendant le règne de Victoria. Aussi, c’était quasiment joué d’avance ! Rajoutons à cela des airs des Quatre Filles du docteur March, - un de mes livres préférés, qui a bercé mon enfance et une grande partie de mon adolescence, que j’ai lu, relu et rerelu - tout d’abord dans la présentation des dialogues entre les personnages, qui m’a tout de suite frappé et fait penser à cet autre ouvrage, puis, dans le personnage de Charity qui  n’est pas sans évoquer Jo March, ma préférée des sœurs, par rapport à son naturel, sa franchise, son indépendance, sa gaucherie vis-à-vis de l’étiquette, des mondanités, des convenances qui lui passent au-dessus de la tête car elle n’est pas dans l’artifice, les faux-semblants, les manipulations et l’hypocrisie, contrairement à ses cousines, Lydia et surtout, Ann Bertram, parce qu’elle s’est faite toute seule, souvent laissée à elle-même, au moins jusqu’à ses dix ans et sa première visite à Bertram Manor, par rapport aussi à ses talents pour l’écriture, dans le personnage également de Herr Schmal qui ressemble étrangement au professeur dont tombe amoureuse Jo. N’allez pas croire cependant qu’il s’agit d’une pâle copie ! Loin de là. Marie-Aude MURAIL a su s’inspirer de ses prédécesseurs pour créer une œuvre originale, dans laquelle j’ai pris plaisir à voir évoluer Charity, petite fille solitaire, qui aime faire des expériences, observer la nature environnante et qui va se battre pour faire de sa vie ce qu’elle veut, à une époque où la seule option donnée aux femmes était de faire un beau mariage d’argent et une ribambelle de petits descendants à leur cher mari. Elle est très volontaire et courageuse mais aussi bien entourée par Mademoiselle et Herr Schmal, ses amis et confidents, qui la poussent vers l’avant, Kenneth Ashley, le bellâtre frondeur, inconvenant et charismatique, qui lui vient en aide, Tabitha, la bonne folle, qui va lui tenir compagnie et l’élever, Mrs Carter et ses enfants dont l’attendrissant Edmund, les King père et fils, etc… La route sera longue et semée d’embûches. L’épaisseur du livre peut faire peur et faire craindre quelques longueurs. Restons objective : il y en a mais elles ne m’ont pas dérangée. J’étais bien dans ma lecture et le temps ne m’a jamais paru long, même si quelques pages de moins, quelques coupures par ci par là n’auraient pas non plus nui au texte, à mon sens. L’époque et la bonne société victorienne sont très bien rendues : j’y étais ! L’écriture est fluide, simple. Les pages défilent toutes seules, malgré le pavé. Pour moi, c’est un petit coup de cœur et je regrette le bon temps où je n’avais pas encore de Pal, où je pouvais lire et relire les livres que j’aime car j’aurais adoré pouvoir me replonger dedans ! Il m’a également donné envie de relire les Quatre Filles du docteur March pour la énième fois !

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Il y avait un garçon de mon âge juste en dessous de chez nous de Tania SOLLOGOUB

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Genre : Littérature jeunesse (roman)

 

Quatrième de couverture :

Pour Jacques, cela ne va plus très fort depuis le départ précipité de son ami Anton en Russie. Tout le monde a beau essayer de lui changer les idées, Jacques, lui, a perdu son ami russe. Pas seulement un ami capable de transformer les brins d’herbe en douce musique, les cabanes de bois en palais, et les mots en or, mais un ami russe, capable de vous faire comprendre la magie des forêts, de vous faire sentir les mouvements du Transsibérien et de vous cacher sa vie d’immigré clandestin. Tout ce qu’il aimait. Tout ce qu’il ne peut pas oublier.

(…) Jusuq’au jour où ses parents lui offrent le plus beau cadeau d’anniversaire imaginable : un voyage en Russie pour retrouver Anton. Tout semble à portée de main. Mais en Russie, les mains sont drôlement, magnifiquement, intensément surprenantes.

 

Ce que j'en ai pensé :

Tout d’abord un grand merci à Babélio pour sa nouvelle rubrique « recommandations » dans laquelle j’ai pioché ce titre à rallonge qui m’a d’abord intriguée puis, le résumé m’ayant plu, je l’ai emprunté à la médiathèque et ne le regrette absolument pas puisqu’il s’agit d’un petit coup de cœur !

Nous allons donc à la découverte de Jacques et de son amitié pour Anton. Malgré leur culture différente, les deux garçons s’entendent comme larrons en foire. Pas besoin d’échanger de longues phrases, un simple coup d’œil à l’autre suffit. Ils sont en parfaite adéquation. Leur relation n’est pas qu’une simple amitié mais une réelle complicité, à ces âges où l’on vit tout intensément. Aussi, quand Anton quitte la France pour repartir dans son pays, Jacques a le cœur déchiré, il n’a plus le goût à rien. Ses parents vont prendre les choses en mains et lui offrir le plus beau cadeau possible : un billet en partance pour la Russie, accompagné de sa mère, sur les traces d’Anton. Il va pouvoir voir de ses yeux ces contrées lointaines et sauvages dont son ami lui a tant parlées, faire connaissance avec l’exubérance et la chaleur des habitants russes, notamment avec Max et Sonia, participer à des fêtes qui durent jusqu’au lever du jour. Il découvrira aussi l’envers du décor, la misère du peuple, la guerre en Tchétchénie à laquelle doivent prendre part les hommes et d’où ils reviennent traumatisés, le système D et le sort des filles russes, obligées de se prostituer pour payer leurs études et qui rêvent d’ailleurs. C’est aussi et surtout un voyage à la rencontre de soi-même, qui va permettre au fils et à sa mère de s’ouvrir aux autres et l’un à l’autre, rétablir la communication qui semble avoir été rompue, remettre les choses à plat, dire ce qui a si longtemps été tu mais qui n’a pourtant pas échappé à l’observation du petit garçon ! L’écriture est à l’image du récit : magnifique, pleine de sensibilité (et non pas de sensiblerie), intense, juste et vraie. Même s’il s’agit de littérature jeunesse, l’auteure évoque des thèmes forts et ce sans pathos  (à une exception près : lorsqu’ils sont sur la place de St Pétersbourg en train de faire la fête et qu’une jeune fille vient aborder sa situation, où Sonia fond également en larmes : j’ai trouvé cette scène à la limite de la caricature. Cela faisait beaucoup en même temps et l’auteure avait déjà lourdement insisté sur la misère ambiante. Une fausse note dans une partition jusque-là sans accroc et c’est pour cela qu’il ne s’agit que d’un « petit » coup de cœur ^^ ), dans une langue soignée, où chaque mot est choisi avec une grande attention. Une lecture qui réchauffe le cœur et qui permet de renouer avec les petits bonheurs simples de la vie, avec la magie de notre enfance, d’être à l’écoute de nos émotions car croyez-moi, l’auteure a un don pour raviver les sentiments enfouis en vous et qui ne demandent qu’à sortir : j’ai souvent eu les larmes aux yeux devant cette si belle amitié ou devant l’amour silencieux et pourtant plein de tendresse qui lie Jacques et son père. De même, les paysages qu’elle évoque sont si bien décrits que vous les voyez défiler sous vos yeux, notamment les forêts de Sibérie, où fées et sorcières cohabitent avec les hommes et peuvent même réaliser vos souhaits les plus sincères !

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Arsène Lupin, gentleman cambrioleur de Maurice LEBLANC

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Genre : "Policier" (dans le sens où il y a des énigmes à résoudre)

 

Quatrième de couverture :

Vif, audacieux, impertinent, rossant sans arrêt le commissaire (qui ici en l’occurrence, s’appelle l’inspecteur Ganimard), traînant les cœurs après lui et mettant les rieurs de son côté, se moquant des situations acquises, ridiculisant les bourgeois, portant secours aux faibles, Arsène Lupin, gentleman cambrioleur, est un Robin des Bois de la « Belle Epoque ». Un Robin des Bois bien français : il ne se prend pas au sérieux, ses armes les plus meurtrières sont les traits d’esprit ; ce n’est pas un aristocrate qui vit comme un anarchiste mais un anarchiste qui vit comme un aristocrate.

Arsène Lupin [] après plus d’un demi-siècle, n’a pas vieilli. Il ne vieillira jamais en dépit de son chapeau haut de forme, de sa cape et de son monocle.

 

Ce que j'en pense :

Chaque court chapitre est dédié à une aventure d’Arsène Lupin. Certains se suivent véritablement comme les trois premiers mais les autres peuvent se lire indépendamment les uns des autres pour une bonne raison : le personnage a été créé par l’auteur sur commande d’un grand éditeur, Pierre Laffite et ces anecdotes ont vocation à paraitre une fois par mois dans le magazine Je sais tout. Elles sont donc publiées plus ou moins sous forme de feuilleton. J’ai eu plaisir à retrouver chaque soir le personnage d’Arsène Lupin, n’en lisant qu’un chapitre à chaque fois, pour mieux faire durer le plaisir. C’est tout à fait le genre de personnage que j’affectionne dans les fictions : plein d’assurance, facétieux et provocateur, ingénieux, ayant toujours deux voire même trois coups d’avance sur la police et la justice, il se sort haut la main des pires situations et le lecteur se plait à essayer de comprendre comment il est parvenu à entrer en possession de tel ou tel objet ou sous quelle identité il se cache. Autant d’énigmes à résoudre et dont la solution ne nous apparait qu’à la toute fin de l’aventure en question. J’ai adoré cette façon de faire. Notre héros a vraiment le goût de la mise en scène et du spectacle, c’est un caméléon capable de prendre n’importe quelle identité, narguant sans vergogne voire avec un malin plaisir les autorités et ses riches victimes. Il a su se mettre dans la poche les média et l’opinion publique, ajoutant ainsi au mystère qui l’entoure car on n’en sait finalement très peu sur lui, sur qui il est en réalité, qui se cache derrière le masque de Lupin, même si l’un des chapitres vient quelque peu éclairer notre lanterne. Tout cela participe de son charme ! De plus, il n’est pas dépourvu d’une certaine moralité même si celle-ci tourne toujours à son avantage : il lui arrive parfois de venir en aide à des femmes notamment, bien qu’il en profite pour les dépouiller au passage comme dans l’affaire du sept de cœur, où il est question de trahison envers le pays ou celle de la perle noire où il tombe sur le cadavre de la comtesse d’Andillot... Enfin, que dire de cette fin en apothéose où il est question de la première confrontation entre Lupin et Herlock Sholmès, librement inspiré du héros d’Arthur Conan Doyle et qui promet encore de très bons moments ! Bref, c’est un coup de cœur pour moi et il va sans dire que je lirai d’autres recueils consacrés au personnage. De plus, il se lit très facilement, le style est simple et fluide alors que je redoutais un langage pompeux et dépassé, vieilli. J’étais dans le faux et heureusement que je ne me suis pas arrêtée sur cette première idée !

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La Voleuse de livres de Markus ZUSAK

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Genre : Roman

 

Résumé (trouvé sur Evène et remanié) :

Allemagne, 1939. Liesel Meminger et son jeune frère sont envoyés par leur mère dans une famille d'adoption, chez Hans et Rosa Hubermann, à l’abri, en dehors de Munich (…). Sur la route, la Mort (…) réussit à s'emparer du petit garçon, Werner et croise le regard de la petite fille. Ce sera la première d'une longue série d'approches. Durant l'enterrement de son petit frère, Liesel ramasse un objet singulier pour elle qui ne sait pas lire, un livre, Le Manuel du fossoyeur, dont elle pressent qu'il sera son bien le plus précieux, peut-être sa protection. Commence alors entre elle et les mots une étrange histoire d'amour. Poussée par un incoercible besoin de comprendre ce qu'il se passe autour d'elle, Liesel, avec l'aide de Hans, son père adoptif, décide d'apprendre à lire. A mesure que l'histoire avance, la Mort s'empare de nombreuses vies mais Liesel et ses livres continuent à lui échapper.

 

Ce que j'en ai pensé :

Comme à chaque fois qu’un livre m’a particulièrement emballée, je ne sais pas par où commencer, les mots me manquent pour exprimer mon ressenti de la façon la plus juste possible, je manque de vocabulaire et aucune phrase ne me satisfait totalement. Je commencerai donc ainsi : lisez-le ! C’est la meilleure manière de comprendre ce que je ressens et de le ressentir à votre tour ^^ Il est difficile de mettre des mots sur des émotions, il faut les vivre et c’est ce que j’ai fait pendant toute ma lecture : j’ai vécu l’histoire de Liesel. Vous l’aurez deviné, c’est un énorme coup de cœur. Je me suis immergée dans le texte dès les premiers mots de l’auteur et ensuite, impossible de décrocher…

La narratrice n’est autre que la Mort elle-même et pourtant, je l’ai trouvé d’une douceur incroyable. Elle observe les êtres humains et notamment la voleuse de livres, cette petite fille d’à peine neuf ans qui arrive chez les Hubermann, « abandonnée » par sa mère (on comprend vite que c’est un abandon nécessaire plus que volontaire, pour protéger ses enfants, les éloigner du danger mais lequel ?) et sans son frère, mort pendant le trajet. La Mort va s’attacher à elle et nous raconte donc son histoire mais le récit s’inscrit aussi dans l’Histoire. Nous sommes en Allemagne à l’aube et pendant la Seconde Guerre Mondiale. Nous vivons donc les événements côté allemand, leur quotidien mais aussi la montée de l’antisémitisme jusqu’à l’enfermement et l’extermination des Juifs dans les camps, le rationnement, les raids aériens, la guerre, Stalingrad, les Jeunesses Hitlériennes et la propagande pro-nazie, etc… Néanmoins, le texte ne m’a jamais paru trop dur, trop choquant (à part la dernière partie, juste avant l’épilogue, qui m’a réellement bouleversée : j’ai pleuré comme une madeleine du début à la fin) car c’est à travers les yeux d’une enfant que l’on découvre tout cela. Le tout est donc aussi recouvert d’un voile d’insouciance et d’innocence propre à cet âge. Le quotidien de Liesel est fait de tristesse parfois mais aussi et surtout de petits et grands bonheurs comme l’apprentissage de la lecture avec Hans, son père adoptif au regard argent bienveillant, généreux jusqu’à se perdre comme quand il repeint les murs des habitants de confession juive par exemple ou les parties de football, les tournées de linge et les vols dans les vergers en compagnie de son meilleur ami, Rudy Steiner ou les cadeaux de Max… Ce que j’essaye de dire, c’est que tout n’est pas noir pendant ces temps de guerre et l’auteur nous fait passer par toute une palette d’émotions, du rire aux larmes avec une facilité déconcertante. Les personnages sont attachants. J’ai adoré Liesel et Rudy, l’amoureux qui n’ose pas se déclarer, prêt à tout pour elle mais aussi prêt à prendre la défense de toute personne victime d’injustice comme Tommy Müller, Max, le boxeur juif qui n’a pas renoncé et tient à la vie plus que tout mais est aussi rongé par la culpabilité qui vient le hanter pendant son sommeil, tout comme le frère de Liesel vient la visiter pendant la nuit, Hans, bien sûr mais aussi Rosa, qui jure comme un charretier mais ne manque pas de cœur, a les épaules solides et sur qui on peut compter en cas de coups durs et enfin la Mort, qui pour moi est un personnage à part entière du roman. Elle m’a vraiment touchée. On sent que sa tâche ingrate lui pèse, que c’est un fardeau lourd à porter, on ne peut que partager son incompréhension face aux horreurs dont sont capables les humains. Elle ne fait que transporter les âmes, leur offrir un repos mérité, apaiser leur souffrance mais ce n’est pas elle qui les tue, ils s’en chargent très bien tout seuls ! Enfin, c’est aussi un roman sur le pouvoir des mots, pouvoir que découvrira Liesel en apprenant à lire : ils peuvent tantôt rassembler, contrôler les foules, leur faire partager une même pensée, endoctriner, apaiser, blesser, réconforter ou même tuer…

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La Grammaire est une chanson douce d'Erik ORSENNA

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Genre : Roman

 

Résumé :

Pour les vacances, Jeanne et Thomas,  10 et 14 ans, vont rejoindre un de leur parent de l’autre côté de l’Atlantique. Malheureusement, les choses ne se passent pas comme prévu : une tempête fait naufrager le bateau qui devait les mener à destination. Par miracle, ce sont les deux seuls rescapés. Ils échouent sur une île magique, accueillis par Monsieur Henri et son neveu, le Sublime aux magnifiques yeux verts. Leurs nouveaux amis vont tout faire pour les aider à retrouver la parole, qu’ils ont perdu suite au choc subi…

 

Ce que j'en ai pensé :

C’est un très beau conte moderne, plein  de poésie et d’inventivité. A travers ce texte, l’auteur nous transmet son amour des mots :

« Les mots sont de vrais magiciens. Ils ont le pouvoir de faire surgir à nos yeux des choses que nous ne voyons pas ».

 

Il nous interroge sur nos habitudes de langage :

«  Vingt-cinq langues meurent chaque année ! Elles meurent faute d’avoir été parlées. Et les choses que désignent ces langues s’éteignent avec elles. (…) Les mots sont les petits moteurs de la vie. Nous devons en prendre soin ».

 

En effet, il nous fait prendre conscience de la richesse de la langue française, de ces mots que l’on utilise plus et qui tombent en désuétude ou de ceux que l’on emploie à tort et à travers, dont on use et abuse sans vergogne comme le célèbre « Je t’aime ».

Il nous offre également une très jolie leçon de grammaire :

« Vous voyez, les mots c’est comme les notes. Il ne suffit pas de les accumuler. Sans règles, pas d’harmonie. Pas de musique. Rien que des bruits. La musique a besoin de solfège, comme la parole a besoin de grammaire ».

 

Il la rend simple, facile, claire et surtout, amusante, loin des cours rébarbatifs de notre enfance. Et chacun sait que l’on apprend beaucoup mieux en s’amusant : c’est donc un texte dont chacun devrait s’inspirer pour faire découvrir la richesse de notre langue aux plus jeunes. D’ailleurs, derrière le conte, on peut également voir une critique de l’enseignement classique, avec l’Institut pédagogique, aussi appelé Sécherie, cette habitude de nous faire décortiquer les mots jusqu’à leur retirer toute leur poésie, tout leur sens, toute leur beauté. Heureusement qu’il existe des Melle Laurencin pour transmettre aux enfants leur amour des belles phrases et des bons mots :

« Le matin, on nous apprenait à découper la langue française en morceaux. Et l’après-midi, on nous apprenait à dessécher ses morceaux découpés le matin, à leur retirer tout le sang, tout le suc, les muscles et la chair ».

 

Vous l’aurez deviné, j’ai beaucoup aimé tant l’histoire que le message véhiculé par l’auteur ainsi que son style, poétique, simple et ses personnages, notamment Jeanne, avec son franc parler, Thomas, plus discret mais très complice avec sa petite sœur, malgré leurs chamailleries, Monsieur Henri (Salvador ?) et toutes ses inventions, de la nommeuse à l’usine des mots en passant par la ville des mots et le marché… Magnifique, ingénieux, plaisant !

 

En parcourant le net, je suis tombé sur le site de l'auteur. Il explique les raisons qui l'ont poussé à écrire ce livre :

"Depuis toujours, j'aime de passion la grammaire, toutes les grammaires, toutes les grilles et tous les codes enfouis sous la poussière du temps.

Mais c'est la colère qui m'a poussé à écrire. Une colère de papa : je ne comprenais plus les questions posées en classe de français à mes enfants. Un jargon inconnu de moi leur était tombé sur la tête, comme par exemple la " focalisation omnisciente ". Pourquoi ces complications inutiles ? Les enfants de sixième ou de cinquième ne doivent pas être des linguistes ! Ils doivent seulement savoir lire et écrire. Et aussi apprendre à savourer la langue, à y trouver des surprises, des ravissements.

Je vous invite donc à suivre Jeanne, Thomas et tous mes personnages dans leur promenade."

 

Vous trouverez également des activités pour aller plus loin, que vous soyez petits ou grands...

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Vent d'Est, vent d'Ouest de Pearl BUCK

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Genre : Roman

 

Quatrième de couverture :

Kwei-Lan vient d’être mariée, sans le connaitre, à un jeune Chinois auquel elle a été promise avant même sa naissance. Ce Chinois revient d’Europe, il a oublié la loi de ses ancêtres, il ne respecte ni les coutumes ni les rites…

Le frère de Kwei-Lan, l’héritier mâle, dépositaire du nom et des vertus de la race, qui vient de passer trois ans en Amérique, annonce son mariage avec une étrangère ; il revient avec elle…

A travers les réactions des membres de cette famille de haute condition où l’attachement aux traditions, le culte des ancêtres, l’autorité du père et de la mère n’avaient encore subi aucune atteinte, la grande romancière Pearl Buck nous fait vivre intensément le conflit entre la jeune et la vieille Chine.

 

Ce que j'en ai pensé :

Plus qu’une histoire, l’auteur nous offre matière à réfléchir en opposant deux visions des choses. D’un côté, nous avons la narratrice, Kwei-Lan, élevée dans la cour des femmes, dont elle n’est jamais sortie depuis sa naissance, par sa mère en vue de se marier et de donner un fils à son mari et à sa belle-famille à laquelle elle appartiendra désormais. La jeune fille se plie aux règles sans jamais se rebeller, cela faisant partie de l’ordre des choses. Toute en retenue et en pudeur, elle accepte son sort. Malheureusement, celui à qui on l’a mariée a étudié en Europe et en est revenu avec des idées nouvelles, en opposition avec les anciennes coutumes. Il lui fait clairement comprendre que lui non plus n’a pas eu son mot à dire pour ce mariage et qu’il l’a accepté de mauvais gré. Elle va donc tout faire pour le conquérir et honorer ses ancêtres. Je l’ai trouvée très touchante dans ses tentatives désespérées pour plaire à son mari. Ils sont deux parfaits étrangers : lui, avec ses idées de modernité et elle, pétrie de vieilles croyances et totalement dévouée aux traditions. Ils ne se comprennent pas. Et pourtant, elle va tout tenter pour que cela fonctionne et petit à petit, va faire des compromis qui ouvriront le cœur de son bien-aimé. On la voit évoluer. Elle va apprendre à composer, garder le meilleur de la civilisation chinoise comme le culte des Anciens, le respect des parents et s’ouvrir à la modernité en quittant le toit de ses beaux-parents pour suivre son mari dans leur maison occidentale, en débandant ses pieds ou bien encore en gardant son fils près d’elle.

A côté de cela, une deuxième histoire se fait jour : celle de son frère. Tout comme son mari, il est parti étudier à l’étranger mais lui revient avec une femme étrangère. Nous assistons alors à un conflit ouvert entre le frère de Kwei-Lan et ses parents, notamment sa mère. Tous les deux sont obstinés et vont camper sur leurs positions, ils se ressemblent en fait énormément tant physiquement que moralement. La narratrice va alors se retrouver tirailler entre son frère et l’étrangère, qu’elle apprend à connaitre et qu’elle va accepter dans sa famille et sa mère, qui l’a élevée et envers qui elle manifeste beaucoup de respect.

Cette lecture m’a interrogée : doit-on systématiquement rejeter les traditions au profit de la modernité ? Plus que cela, elle montre le conflit entre les aînés, les parents et les jeunes, les enfants, entre le passé et l’avenir. Finalement, les enfants vont s’affranchir des usages ancestraux pour grandir, devenir adultes. Ils prennent leur indépendance, suivent leur propre chemin. C’est une métaphore de la vie. C’est donc un livre qui parlera à tout le monde. C’est aussi un appel à l’ouverture, qui nous montre que tout ce qui vient de l’étranger n’est pas mauvais, contrairement à ce que pensent les parents de Kwei-Lan, qui considèrent les Occidentaux comme des barbares primitifs, un choc des cultures pour les uns (les parents) et une assimilation pour les autres (le frère et le mari). Le regard de la narratrice nous aide à voir tout cela et l’écriture de Pearl Buck le met magnifiquement en forme. Elle ne prend jamais parti, nous relate les faits à travers la voix de Kwei-Lan, soulève des questions mais ne donne pas de réponses tranchées. A chacun de se faire sa propre opinion. Sans conteste, je lirai d’autres livres de cette auteure.

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Château en Suède de Françoise SAGAN

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Genre : Théâtre

 

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Présentation (site Fnac) :

Première pièce de théâtre de l’auteur, publiée en 1960. Mise en scène par André Barsacq au théâtre de l’Atelier, la pièce créa la surprise en recevant le prestigieux prix du Brigadier. Dès lors, le théâtre de Sagan attira les plus grands noms, de Juliette Gréco à Danielle Darrieux. Château en Suède sera même adapté au cinéma par Roger Vadim, avec pour interprètes principaux Monica Vitti et Jean-Louis Trintignant.

Dans un château en Suède encerclé de neige, les Falsen, une famille légèrement psychopathe, reste prisonnière jusqu’au printemps en compagnie d’un hôte qui s’est invité à l’improviste. Entre vrais et faux cadavres, la châtelaine désœuvrée s'amuse à séduire un cousin transi de froid et d'amour, sous le regard complice de son mari bourru et de son frère incestueux. À partir d’une intrigue classique de vaudeville, Château en Suède bascule vers la comédie de mœurs spirituelle et nuancée, décrivant les rêves d'amour et d'argent de générations opposées. Dans ce style faussement léger qui la caractérise, où l’humour l’emporte toujours sur la mélancolie, Françoise Sagan y réinvente le marivaudage moderne.

 

Ce que j'en ai pensé :

Je n'avais jamais lu une œuvre de Françoise SAGAN auparavant et comme beaucoup, je pensais commencer par la plus renommée : Bonjour tristesse. J'ai donc emprunté cet ouvrage regroupant plusieurs de ses écrits à la médiathèque et comme je le fais toujours, je l'ai feuilleté. Première constatation : que des romans à part cette pièce de théâtre. Curieuse, j'ai voulu me faire un premier avis. J'ai donc lu une page puis 2, puis 3... jusqu'à arriver à la fin en moins de temps qu'il ne faut pour le dire tellement cette pièce m'a plu. Le hasard fait donc très bien les choses ! C'est un nouveau coup de cœur !

L'humour est omniprésent, j'ai ri du début à la fin (à lire quand vous êtes seule donc ou bien installée, chez vous, si vous voulez éviter les regards interrogateurs des personnes alentour...). Les répliques sont cinglantes, pleines de sarcasme et de bons mots. J'adhère totalement à cet humour très second degré !

Les personnages sont tous plus farfelus les uns que les autres, notamment Agathe qui possède les trois quarts du domaine et oblige tout le monde à vivre comme au XVè siècle, en tenue d'époque. Elle est très engoncée dans ses principes, tentant de préserver coûte que coûte l'honneur de la famille Falsen. Les convenances doivent être sauves. Et elle n'est pas aidée par les autres habitants du château : Hugo, son frère, bigame, Éléonore et Sébastien, l'épouse d'Hugo et son frère, tous deux aimant par dessus-tout les embrouilles. Ce sont deux « enfants » terribles (de 28 et 30 ans tout de même!), inséparables, aimant rien tant que de faire tourner en bourrique les visiteurs du château, des cousins éloignés, tel Frédéric, leur victime présente. Personnellement, j'ai un faible pour Sébastien. C'est un véritable parasite. Épousez la sœur, c'est adopter le frère ! De toute façon, il ne vous demande pas votre avis, il s’incruste. Il ne se prend jamais au sérieux, toujours en train de plaisanter même quand la situation devient critique. :

 

SEBASTIEN, gracieux - Vous trouvez que je minaude aussi ?

HUGO - Vous non. Vous grincez. Pourquoi avez-vous l'air si content ? Ça vous amuse, vous, ces petits cousins qui débarquent chaque hiver et nous encombrent ? Tout cela au nom de la fameuse hospitalité des Falsen !

SEBASTIEN – Je les trouve assez distrayants.

HUGO – Je sais. Ca vous amuse même rudement. Si vous n'aviez pas engrossé toutes les femmes de chambre, je me demanderais.. mais non, ça vous amuse simplement. Eléonore et vous passez l'hiver à ricaner dans leur dos, à jouer un jeu que je ne comprends pas. Quel plaisir prenez-vous à vous moquer d'un autre homme ?

SEBASTIEN – Le plaisir le plus bas, Hugo, donc un des plus profonds.

HUGO – Vous aimez bien les plhrases, hein ?

SEBASTIEN – C'est tout ce qui me reste, mon cher. L'intelligence est devenue une chose terrible, à notre époque. Elle vous tourmente vous-même, elle irrite les autres, elle ne convainc ni eux ni vous...

 

Les situations rocambolesques ne manquent pas non plus comme cet échange entre Agathe et Gunther, le domestique :

 

AGATHE, elle chuchote – Gunther...

GUNTHER – Elle m'appelle ?

(…)

AGATHE – Gunther, quand je vous ai dit mille fois que vous devriez m'appliquer la troisième personne du singulier, cela voulait dire « mademoiselle ». Pas « elle ».

GUNTHER – Bon.

AGATHE – Gunther, je vais vous tutoyer. Pour la première fois sans doute depuis trente ans.

GUNTHER, étonné – Elle est bien libre. C'est pas moi qui lui ferai des histoires.

AGATHE, solennelle – Gunther, tu m'es attaché, n'est-ce pas ? Et à notre demeure ? Et à mon frère Hugo ?

GUNTHER- Je les aime tous les deux comme s'ils étaient de ma famille. Elle le sait bien.

AGATHE – Oui, elle le sait. Elle a une mission à te confier, Gunther, il faut que tu l'écoutes.

GUNTHER – Qu'elle parle.

AGATHE – Qu'elle parle.

(…)

AGATHE, agacée – Elle, c'est moi ! Tu comprends, Gunther. Que c'est agaçant, cette manie chez toi ! On est toujours trois.

 

Cette pièce a des airs de vaudeville, de farce et même souvent, de Molière, une référence en la matière !

Un très bon moment qui m'a rappelé à quel point j'aime le théâtre, il faudrait que j'en lise plus ! D'ailleurs, l'auteur a écrit d'autres pièces, qui ne sont pas dans ce recueil mais que je note, à l'occasion...

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L'Epopée des Normands de Sicile tome 1 : Le Peuple du vent de Viviane MOORE

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Genre : Policier historique

Série L'Epopée des Normands de Sicile :

1. Le Peuple du vent

2. Les Guerriers fauves

3. La Nef des damnés

4. Le Hors-venu

5. Le Sang des ombres

6. Les Dieux dévoreurs

7. A L'Orient du monde

 

coeur_rouge.jpgCoup de coeur 

 

Quatrième de couverture :

Pirou, château-fort accroché au rivage du duché de Normandie, n'aurait dû être qu'une brève étape de Tancrède et de son maître Hugues de Tarse. Mais en ce mois de septembre 1155, alors qu'un froid terrible s'abat sur le Cotentin, la Mort s'invite dans la citadelle. Le haut-mal (épilepsie) en est-il responsable ? (…)

Pris dans les remous des passions, des haines et de la peur qui règnent dans la forteresse, Tancrède découvrira-t-il le secret de ses origines ? Verra-t-il se réaliser la prophétie de l'inquiétant moine rencontré sur la lande de Lessay (…) ?

 

Ce que j'en ai pensé :

C'est un coup de cœur pour moi ! Cela faisait longtemps que ça ne m'était plus arrivé mais cette lecture m'a captivée du début à la fin, impossible de reposer mon livre : il fallait que je sache, même si certains éléments sont évidents Attention spoiler comme l'empoisonnement de Muriel : dès le début, j'ai compris ou l'identité de son meurtrier mais justement, je me suis dit que c'était trop évident, que le coupable devait donc être quelqu'un d'autre mais non, je me suis fait avoir ! Fin du spoiler Et pourtant, le suspense est maintenu tout du long. Les morts se multiplient au château de Pirou : que se passe-t-il ? Qui en veut à la vie du seigneur et maître des lieux, Serlon de Pirou ? C'est ce que vont tenter de découvrir Hugues de Tarse et son protégé, Tancrède. Les personnages sont tous très charismatiques, notamment ces deux-là. En plus de ces morts mystérieuses se pose la question de l'identité de Tancrède : qui est-il ? Pourquoi son maître et lui sont-ils venus au château de Pirou ? Qui ou que fuient-ils ? L'étrange personnage tout de noir vêtu ? Que leur veut-il ? Le lecteur n'en saura pas beaucoup plus à ce sujet en refermant ce premier tome mais l'auteur m'a mis l'eau à la bouche : j'ai hâte de démêler les fils de cette intrigue !

Le contexte historique est très bien représenté tant au niveau factuel que stylistique, avec le vocabulaire de l'époque : Viviane Moore connaît son sujet et j'ai aimé (re)découvrir l'époque dans ce lieu qu'est le duché de Normandie, appartenant alors au roi d'Angleterre, Henri II Plantagenêt : une particularité historique sur laquelle on passe rapidement en cours d'Histoire. D'ailleurs j'ai encore quelques questions suite à cette lecture. Notamment, je n'ai pas bien compris le lien entre la Normandie, la Sicile et l'Italie mais peut-être aurais-je des réponses dans le tome 2. La vie des seigneurs et de leurs domestiques et surtout, la condition des femmes sont très réalistes. Celles-ci ne servent qu'à perpétuer la lignée, elles sont mariées très jeunes (12 ans pour Muriel, avec un homme beaucoup plus âgée qu'elle!), sans considération aucune pour leur ressenti, leurs sentiments. Elles sont quantité négligeable, un fardeau dont il faut se débarrasser. Seule Sigrid sort un peu du lot : elle s'habille, se comporte, parle et pense comme un homme, une femme libérée avant l'heure, au comportement et aux manières très masculins. Elle est hautaine, brusque, impulsive. Un être très difficile à cerner, même si le lecteur comprend très vite qu'elle agit ainsi avant tout pour attirer l'attention de son père, lequel ne jurait que par son fils décédé, Osvald.

L'amour et la haine sont au cœur de l'intrigue, les passions se déchaînent, les secrets sortent des placards dans lesquels ils ont été maintenus enfermés, faisant exploser cette famille et ceux qui l'entourent. Il est bien difficile de plaindre Serlon ou Ranulphe dans cette histoire !

Vivement le tome 2 !

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Objectif Pal de décembre : Neige de Maxence FERMINE

Genre : roman (?)

 

Lecture commune de décembre 2010 (forum Livraddict)

 

Quatrième de couverture :

Dans le Japon raffiné du XIXè siècle, le jeune Yuko a choisi sa voie : il sera poète, contre l’avis de son père. Soseki, l’ancien samouraï et vieux peintre aveugle, lui enseignera l’art du haïku. Entre les deux hommes plane l’image obsédante d’une femme disparue dans la neige…

 

Ce que j'en ai pensé :

Le style de l’auteur est épuré : il va l’essentiel. Il n’y a pas de superflu et pourtant, rien ne manque, tout est dit en peu de lignes. Une très belle langue, pleine de poésie. Moi qui n’y suis en principe pas du tout sensible, voire même carrément allergique, je me suis laissée happer par la plume de l’auteur. De très beaux passages sont à noter…

Le récit est découpé en trois parties aux chapitres très courts (2 pages maximum). Dans la première, le lecteur fait la connaissance de Yuko, jeune homme de 17 ans, qui a choisi d’emprunter une autre voie que celle suivie par son père ou les autres membres de sa famille. Il ne dévie jamais de sa route qui consiste à écrire des haïkus avec pour sujet principal la neige : celle-ci ne m’a jamais paru aussi belle qu’à travers les yeux de ce personnage. Son seul souci consiste à mettre des couleurs dans ses poèmes, ce qui l’amène à partir à la rencontre de Soseki, autre personnage touchant. Ainsi, dans la deuxième partie nous est contée la rencontre entre ce dernier et une belle Européenne au doux surnom de Neige.

 

La neige (ou Neige) est donc le fil conducteur du récit : c’est elle qui fait le lien entre chaque personnage, dans la troisième partie. Tout s’imbrique parfaitement et naturellement afin d’arriver au dénouement. Encore une fois, un moment plein de grâce. Le tout est très esthétique, notamment la découverte de la jeune femme dans la neige par Yuko qui, pourtant, est une découverte macabre, nous est rendue belle par l’auteur. La fin de Soseki m’a énormément touchée, de même que celle de Yuko !

A travers son récit, l’auteur envoie un message : celui d’apprendre à prendre son temps, à contempler le monde qui nous entoure, nous poser pendant quelques minutes et profiter des petits bonheurs que la vie nous offre…

Un récit tout en sensibilité, en pudeur et dont on ressort plus serein. Une vraie petite douceur qu’il ne faut pas bouder, d’autant qu’elle se lit aisément et rapidement. Vous l’aurez compris : j’ai été conquise…

 

Quelques citations :

«La neige est un poème. Un poème d’une blancheur éclatante. (…) Là où vivait Yuko, la neige était la poésie de l’hiver ».

 

« La poésie est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l’âme. Un poème est un tableau, une danse, une musique et l’écriture de la beauté tout à la fois. Si tu désires devenir un maître, il te faudra posséder le don d’artiste absolu. Tes œuvres sont merveilleusement belles, dansantes, musicales, mais aussi blanches que de la neige. Il leur manque la couleur, la peinture. Tu n’es pas peintre, Yuko. C’est cela qui te fait défaut. Simplement cela. Et c’est pourquoi, si tu ne m’écoutes pas, ta poésie restera invisible aux yeux du monde ».

 

« En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Ecrire c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Ecrire c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n’est pas de s’élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus d’aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou que l’obstacle d’un point. Non, le plus difficile, pour un poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du verbe ».

 

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