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Articles avec #nouvelles catégorie

Daisy Miller d'Henry JAMES

Genre : Nouvelle

 

Quatrième de couverture :

Daisy Miller est jeune, belle et riche, mais son indépendance et ses manières excentriques d’Américaine choquent la vieille société européenne qui lui ferme [peu à peu] ses portes (…).

 

Ce que j'en ai pensé :

L’auteur oppose ici la Vieille Europe engoncée dans ses principes et la Jeune Amérique, moins traditionnelle, plus libérée, en la personne de Daisy Miller, jeune héritière qui fait tourner la tête du héros, Winterbourne, américain envoyé à Genève faire son éducation et ayant ainsi adopté les codes de la société européenne mais qui semble apprécier le naturel, la franchise désarmante et peu habituelle et la liberté de la jeune fille. Néanmoins, un quelque chose m’a dérangée dans l’écriture, sans doute ce ton compassé, moralisateur et très critique employé par l’auteur/ narrateur, surtout lorsqu’il parle de Daisy, que l’on a du mal à cerner véritablement : son comportement relève-t-il de l’insouciance, de l’indifférence envers les commérages et autres qu’en-dira-t-on ? Ou est-elle au contraire bien consciente des réactions qu’elle provoque et le fait-elle expressément ? Le lecteur doute sans cesse, jamais vraiment sûr du jugement qu’il doit porter sur elle et a ainsi beaucoup de mal à la comprendre et donc à s’attacher à elle ou même à compatir, ce qui m’a posé un vrai problème à la lecture. Winterbourne semble être dans le même cas que nous, s’interrogeant, remettant sans cesse en question ce qu’il croit percevoir chez elle, aidé en cela aussi par les femmes bien pensantes de son entourage qui n’apprécient guère les manières « cavalières » de la jeune fille, laquelle n’a pourtant pas la carrure d’une Lady Susan, par exemple. Elle manque d’envergure à mes yeux et tient davantage de la jeunesse insouciante que de la véritable Scandaleuse mais encore une fois, les temps ont changé et le comportement qu’elle avait et qui choquait car inconvenant pour son époque relèverait aujourd’hui de la normale. Une lecture mitigée donc. Heureusement que le format était court car j’aurais sans doute abandonné dans le cas contraire, n’ayant été convaincu ni par la plume d’Henry James ni par l’histoire ni même par les personnages. Première rencontre ratée avec l’auteur qui ne me donne guère envie d’approfondir le sujet mais sait-on jamais…

Lu dans le cadre de la "Journée auteurs anglais d'origine étrangère", Henry JAMES étant né américain en 1843 et mort anglais en 1916, 1 an après avoir obtenu la nationalité britannique.

Une Femme d'imagination et autres contes de Thomas HARDY

Genre : Nouvelles

 

Quatrième de couverture :

Dans le Sud-Ouest de l’Angleterre, au début du XIXè siècle, quatre destins de femmes meurtries par l’amour : amour impossible pour un soldat étranger, amour ensorcelé pour un violoniste de village, amour contrarié par un fils trop rigide, amour rêvé pour un homme jamais rencontré…

(…)

 

Ce que j'en ai pensé :

Quatre nouvelles où l’on ressent la bienveillance de l’auteur envers ses personnages, notamment les femmes, dont il relate, d’une plume exaltée, passionnée, fluide et alerte, la condition d’épouse, de mère ou de fille assujetties aux désidératas des hommes qui décident de leur vie à leur place.

 

Dans Le Hussard mélancolique de la légion germanique, le narrateur fait revivre une époque révolue à travers les souvenirs-confessions de Phyllis Grove, recueillis par le narrateur, celle des Hussards d’York, légion germanique au service du roi George III. Une histoire aux forts accents romantiques dans laquelle on se prend immédiatement d’affection pour Phyllis, partagée entre son union programmée avec un homme qu’elle connait à peine, Humphrey Gould mais lui permettrait une ascension sociale de par son statut et entre son amour réel pour l’officier allemand Matthäus Tina. C’est sans doute celle qui m’a le plus émue, avec la seconde.

 

Le Véto du fils s’ouvre sur la vision d’une coiffure de femme élaborée, compliquée et d’une élégance rare, celle de Sophy, épouse du pasteur, Mr Twycott, dans une chaise roulante :

« Pour qui la regardait par-derrière, la chevelure châtain était un prodige et un mystère. Sous le castor sombre surmonté de son aigrette de plumes noires, les longues boucles nattées, torsadées, roulottées comme les joncs d’un panier constituaient un exemple rare, presque primitif, d’ingéniosité artistique. Qu’un tel ouvrage d’entrelacements et d’enroulements fût façonné pour demeurer en l’état une année entière, ou à la rigueur tout un mois de calendrier, cela pouvait se comprendre ; mais que tout l’échafaudage fût régulièrement démoli à l’heure du coucher, au bout d’une unique journée, paraissait un gaspillage inconsidéré de savoir-faire. »

 Suit un deuxième « tableau » : Sophy est désormais veuve, seule avec son fils de 13 ans, Randolph, destiné à suivre les pas de son père. Pour cela, il va dans un des collèges les plus huppés de la capitale et refuse qu’elle refasse sa vie avec son courtisan de jeunesse, Sam, qu’elle retrouve alors. Encore une histoire d’amour contrarié, voué à l’échec, auquel on fait obstacle.

 

La troisième, Le Violoneux des contredanses, est celle qui m’a le moins plu. Le début est un peu poussif. Il s’agit d’une commande passée à l’auteur (comme la plupart des nouvelles qu’il a écrites, d’après les notes de la traductrice, Magali Merle) et l’exposition universelle de 1851 y prend une grande place, sans doute par exigence du destinataire d’où ce début très descriptif, où les personnages m’ont semblé effacés, presque éclipsés par le décor. J’ai eu plus de mal à m’attacher à eux et notamment à Caroline Aspen, la femme de cette nouvelle, envoûtée par Wat Ollamoor et les sons qui sortent de son violon au point de ne plus pouvoir arrêter de danser. Ned, le fiancé éconduit, m’a davantage touchée.

 

Enfin, dans Une Femme d’imagination, Mrs Ella Marchmill, en séjour avec son mari et ses trois enfants dans la station balnéaire de Solentsea, tombe amoureuse du mystérieux locataire qui loge à l’année dans la maison qu’ils viennent de louer et a quitté les lieux afin de leur en laisser la jouissance exclusive. Elle découvre qu’il n’est autre que Robert Trewe, poète dont elle apprécie les œuvres et avec qui elle se trouve régulièrement en compétition et en accord sous son identité de John Ivy, étant obligée de se faire passer pour un homme afin de voir ses propres poèmes publiés, comme les sœurs Brontë à l’époque. Cette nouvelle m’a paru plus piquante que les autres, l’auteur faisant preuve d’une douce ironie mais là encore, toute en bienveillance. On peut sans doute aussi voir des points communs entre cette figure de poète imaginaire et l’auteur lui-même, comme un clin d’œil à son lectorat, notamment dans leur pessimisme et jusque dans leur portrait physique.

 

Une première rencontre avec l'auteur réussie et qui m'a donné envie d'en lire beaucoup d'autres (les billets des autres participants du mois anglais m'ont pas mal influencé aussi ^^ et je sens que mon prochain ne sera autre que Loin de la foule déchaînée : les avis tentateurs de Cléanthe, Tachas et sur le film, l'avis de Claire).

Coup de gigot et autres histoires à faire peur de Roald DAHL

Genre : Nouvelles

 

Quatrième de couverture :

Qui pourrait croire que derrière cette paisible ménagère, si tendre et si attentionnée avec son mari, se cache une terrible meurtrière ?

Et cette logeuse débordante d’amabilité et de gentillesse, comment ne pas lui faire confiance ? Mais attention ! Les apparences sont parfois trompeuses…

Voici quatre histoires à l’humour plutôt macabre dont la lecture vous fera frémir !

 

Ce que j'en ai pensé :

Roald Dahl redonne ici le pouvoir aux femmes : des épouses dévouées, aux petits soins pour leurs maris qui le leur rendent très mal. Mary Maloney est quittée par Patrick alors qu’elle est enceinte de six mois. Mme Foster est torturée par le sien, qui fait tout pour la retarder quand il sait pertinemment qu’elle a une peur panique de ne pas être à l’heure, ce qui déclenche chez elle un drôle de tic : son œil gauche se met à cligner. Enfin, Mme Pearl est désormais veuve, après trente ans d’un mariage sans amour passé à obéir aux ordres de son mari condescendant, autoritaire, son sous œil réprobateur qui la passait constamment au grill. Elle a bien droit à un peu de répit. C’est compter sans M. Landy, un neurochirurgien, ami de son époux…

Toutes trois vont prendre leur revanche de manière inattendue. Il s’agit davantage d’histoires à l’humour grinçant dans lequel l’auteur est passé maître plutôt que d’histoires qui font peur, à part peut-être La Logeuse, qui, pour moi, est un peu à part : la propriétaire de la pension n’est pas mariée et n’a donc pas de compte à rendre avec son mari mais elle n’en est pas moins inquiétante, sous des dehors de femme douce et généreuse. La chute de chaque nouvelle porte à sourire. Une très bonne lecture, plus adulte que d’autres de ses productions comme Matilda ou Charlie et la chocolaterie mais qui porte indéniablement son empreinte : cette ironie mordante et cet humour corrosif qui font de chacun de ses écrits un pur bonheur à lire !

 

Du même auteur :

Les Minuscules

Matilda

Charlie et la chocolaterie

James et la grosse pêche

L'Homme au parapluie et autres nouvelles

Sacrées Sorcières

Un Scandale en Bohème d'Arthur Conan DOYLE

Genre : Nouvelles policières

Recueil de 6 nouvelles (qui font partie des Aventures de Sherlock Holmes)

Série Sherlock Holmes (uniquement ceux que j'ai déjà lus) :

Une Etude en rouge

Le Signe des quatre

Le Chien des Baskerville

 

Présentation de chaque nouvelle (Wikipédia) :

Un scandale en Bohême : Le roi de Bohême vient trouver Sherlock Holmes pour lui confier une affaire : il va bientôt se marier à une prude princesse mais un ancien amour, Irène Adler, menace de tout faire échouer en publiant une photo d'eux deux. (…)

 

La Ligue des rouquins : Un rouquin vient demander l'aide de Sherlock Holmes car il se sent grugé par la « Ligue des Rouquins » qui l'avait engagé pour recopier l'Encyclopédie (…) [et qui a mystérieusement fermé ses bureaux, sans l’en informer]. (…)

 

Une affaire d'identité : Une femme myope engage Holmes pour retrouver son amant avec qui elle devait se marier [et qui a disparu le jour J après lui avoir fait promettre fidélité et d’honorer son serment lorsqu’il le lui demanderait. Elle veut savoir ce qui lui est arrivé] (…)

 

Le Mystère du Val Boscombe : Un homme et son fils se disputent près d'un étang. Le fils finit par rompre cette explication houleuse et part à travers bois, lorsqu'il entend un cri. Revenu sur ses pas avec son fusil, il trouve son père agonisant qui n'a que la force de lui chuchoter un mot incompréhensible. La police, arrivée sur les lieux, inculpe le fils de meurtre. Appelé à l'aide par la fiancée du prisonnier, Holmes [enquête afin de découvrir] le fin mot de l’histoire (…).

 

L'Homme à la lèvre tordue : Tandis que Watson est amené à sortir un de ses amis et patients d'une fumerie d'Opium, il rencontre Holmes déguisé qui enquête dans ladite fumerie appartenant à Lascar, un malfrat notoire. En effet, un gentleman de la campagne a disparu voilà quelques jours après que sa femme l'a vu à la fenêtre du 1er étage de cette fumerie. Or tout ce que la police a pu trouver s'avère être un clochard à la lèvre suturée ainsi que les vêtements de son mari, jeté dans la Tamise. (…)

 

L'Escarboucle bleue : Un [commissionnaire] assiste à une agression en rue. Voulant aider le vieil homme agressé, il est surpris de voir celui-ci s'enfuir en laissant son chapeau ainsi qu'une oie grasse. Il vient trouver Sherlock Holmes qui finit par retrouver le propriétaire du chapeau mais l'oie, mangée entre temps, contenait une escarboucle bleue, volée récemment à une Lady dans un grand hôtel. Sherlock remonte la piste de l'oie et de fil en aiguille cherche à savoir qui l'a placée dans l'oie. (…)

 

Ce que j'en ai pensé :

Six petites nouvelles faisant travailler notre sens de l’observation et notre esprit de déduction en essayant de suivre le raisonnement de notre cher détective. Six histoires différentes les unes des autres mais dans la logique des romans les précédant. On retrouve la même manière de les résoudre, d’arriver à la solution : l’auteur nous présente d’abord les faits puis Holmes arrive au « coupable » et nous explique comment. J’ai bien aimé l’ensemble même si Une Affaire d’identité m’a un peu déçue : elle me parait beaucoup trop évidente. J’ai compris quasiment dès le début où l’auteur voulait en venir. Je l’ai trouvé beaucoup trop facile. Quant à Un Scandale en Bohème et Le Mystère du Val Boscombe, ce sont mes deux préférées. Dans la première, Holmes trouve enfin un adversaire à sa mesure et pas n’importe lequel : il s’agit de LA femme, Irène Adler, qui n’a rien à lui envier côté intelligence. La deuxième m’a touchée, j’y ai découvert un Sherlock compatissant et l’histoire en elle-même suscite une certaine émotion, même si elle n’est pas sans rappeler Le Signe des quatre, je ne saurais en quoi exactement mais elle m’y a fait penser plus d’une fois ! Un bon recueil de nouvelles donc mais je préfère les romans dédiés au héros, même s’ils sont courts, ils permettent plus de développements, de s’attarder davantage sur les personnages.

Flocons d'amour de John GREEN, Maureen JOHNSON et Lauren MYRACLE

Genre : Nouvelles

 

Quatrième de couverture :

24 décembre. Une terrible tempête de neige bloque un train. Gracetown : tous les voyageurs descendent ! Gracetown… Bourgade perdue qui vous ferait presque oublier le repas de Noël. Pourtant, Jeb, Jubilé, et les autres vont partager le réveillon le plus insolite de leur vie.

Dans un café ou au détour d’une route enneigée, des rencontres inattendues se multiplient. Louvoyant entre les flocons, les flèches de Cupidon ne laissent personne de glace.

 

Ce que j'en ai pensé :

J'avoue : j'ai d'abord et avant tout craqué pour la couverture que je trouve magnifique ! A priori, un recueil de nouvelles regroupant les textes de trois auteurs autour du thème de Noël. Rien de bien original. En fait, il s’agit de bien plus puisque le décor et les personnages sont communs à chacun des trois textes figurant dans ce recueil : Gracetown, la nuit du réveillon de Noël, lors d’une tempête qui bloque toute la ville, un train arrêté sur la voie pour intempérie, juste en face d’une Waffle House. Les personnages secondaires de la première nouvelles deviennent ensuite les principaux protagonistes des suivantes et inversement, les principaux de la première refont une brève apparition dans les autres. J’ai adoré le principe : enfin, une vraie collaboration entre les auteurs et non pas un énième recueil réunissant des nouvelles avec un vague thème commun afin de faire mieux vendre. Du coup, je me suis prise à traquer le moindre point commun, à suivre les personnages en me remémorant les précédentes et me suis souvent fait la réflexion : « ah oui, lui je l’ai déjà vu ici » ou « tiens, elle, elle me dit quelque chose, il me semble que machin en parlait dans telle nouvelle ». La lecture devient donc un jeu. Néanmoins, je n’ai pas apprécié chaque nouvelle de la même façon.

 

J’ai adoré la première, Le Jubilé Express de Maureen Johnson, pour son histoire, pour ses personnages, qu’il s’agisse de Ju et de Stuart ou des moins importants comme la mère de ce dernier qui m’a immédiatement fait penser à une autre mère de série TV : celle de Fran Fine dans Une Nounou d’enfer pour son obsession à vouloir caser son fils à tout prix ^^.

La seconde, Un Miracle de Noël à pompons de John GREEN, est celle qui m’a le moins plu tenant surtout à l’histoire et son prétexte de départ : rejoindre à tout prix la Waffle House pour aller voir les pom-pom girls se trémousser en répétant leurs parades et arriver les premiers car les places sont comptées. S’engage alors une course-poursuite à laquelle je n’ai pas vu grand intérêt. Je trouve que cette nouvelle vise davantage un public plus masculin (et oui, les pom-pom girls, ce n’est pas trop mon truc lol), la fin m’a davantage plu et fera frémir le cœur des petites midinettes.

La troisième, Le Saint Patron des cochons de Lauren Myracle, est sympa, j’ai bien aimé : Addie, l’ex de Jeb cherche à s’amender, à évoluer, être moins centrée sur elle-même et plus attentive aux autres. Ce ne sera pas sans difficultés…

 

N’allons pas nous mentir cependant : si j’ai aimé cette lecture (je parle du recueil dans son ensemble), il n’y a rien de très original. On sait dès le début comment chaque nouvelle va se terminer, c’est plein de bons sentiments et de naïveté, ça sent le déjà vu, les feuilletons de Noël de l’après-midi sur M6, bref de la guimauve de Noël mais c’est de la bonne guimauve et on en reprendrait bien un peu une fois la dernière page tournée mais, comme chacun sait, il ne faut pas abuser des bonnes choses…

L'Amour d'une honnête femme d'Alice MUNRO

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Genre : Nouvelles

 

Quatrième de couverture :

« La maison dans laquelle ceci se passe ne ressemble en rien à la maison du rêve ».

Cette vie paisible dans un pavillon de banlieue, Amy, Karin et Pauline l’ont pourtant âprement désirée. Jeunes filles, elles croyaient qu’en se mariant et en fondant une famille, leurs rêves seraient enfin comblés. Aujourd’hui, face au vide de leurs journées, elles réalisent que le temps a passé et qu’elles sont restées spectatrices de leur existence. Demain sera-t-il meilleur ?

 

Ce que j'en ai pensé :

Au jour d’aujourd’hui, je n’ai lu que 5 nouvelles sur les huit que contient ce recueil. Pourquoi donner mon avis maintenant en ce cas ? Parce qu’il s’agit d’un partenariat dans le cadre de l’opération Masse critique de Babélio avec les éditions Points, que je remercie tous deux et que j’ai déjà deux jours de retard pour rendre mon avis. De plus, je ne suis pas sûre de continuer et de lire les trois restantes. Mon opinion est faite et je pense en avoir fait le tour…

Toutes ont lieu dans les années 70 (à une exception près : Le Rêve de ma mère qui se déroule en 1945 et un peu après), à une époque donc où les femmes commencent à vouloir prendre en main leur destin, revendiquer leurs droits, même si dans les faits, elles sont encore sous l’emprise de leur mari ou de leur père, ce que l’on ressent bien dans chaque nouvelle. Les héroïnes se ressemblent aussi étrangement : elles se sont mariées parce que leur fiancé ou compagnon de l’époque en ont décidé ainsi, elles ne l’ont pas réellement choisi mais se sont laissé embarquer dans cette entreprise, dépassées par la rapidité des choses. Elles sont aujourd’hui à l’heure du bilan, nous content un épisode marquant de leur existence, un tournant de leur vie : le départ du compagnon de leur mère (compagnon marié d’ailleurs avec Anne, l’amie et confidente de la narratrice de Riche à crever), la rupture d’avec leur fiancé pour cause de grossesse imprévue et les relations difficiles avec le père, sujet qui revient souvent lui aussi tout au long de ce recueil dans Avant le changement, la fuite avec son amant et l’abandon plus ou moins volontaire de ses filles dans les Enfants restent, la venue au monde d’un bébé qui rejette sa mère et lui préfère les bras de sa tante dans Le Rêve de ma mère ou bien encore l’ éloignement irréversible d’une mère et de sa fille devenue adulte dans Sauvez le moissonneur. Une vision très pessimiste du mariage et de la famille, où la désillusion et la solitude sont reines. Même s’il y a toujours une touche d’espoir en fin de nouvelle, cela manque de luminosité et de nuance. On a l’impression que toutes les femmes de l’époque étaient malheureuses en ménage et entretenaient des relations difficiles avec leurs proches, à part peut-être Sophie qui semble véritablement amoureuse et épanouie aux côtés de Ian. Je sais bien qu’il s’agit d’une autre époque, j’ai peut-être du mal à me projeter, à comprendre pleinement ces femmes qui m’apparaissent très éloignées de moi mais, j’ose tout de même espérer que toutes n’étaient pas aussi passives, que certaines ont été bien mariées, par choix et non par absence de réaction et ont su trouver leur équilibre en devenant épouse et mère ou en étant la fille de leurs parents. De plus, dans un recueil de nouvelles, j’attends un minimum de diversité. Je trouve que c’est un formidable exercice de style pour les auteurs qui leur permet d’expérimenter de nouvelles choses, tant dans la forme que dans le fond or, ici, l’ensemble est très uniforme, monotone. Toutes les histoires et les personnages se ressemblent et finissent par se confondre. Lorsqu’on a lu une nouvelle, on a l’impression de toutes les avoir lues. Un avis et une lecture très mitigés donc. J’essaierai sans doute de lire un des romans de l’auteur, en espérant ne pas retrouver le même contenu, ce qui me fait un peu peur !

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La Boîte noire et autres nouvelles de Tonino BENACQUISTA

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Genre : Nouvelles

 

Je ne mets pas le 4ème de couv, lequel ne résume que la toute première nouvelle. Je ferai donc un résumé de mon cru de chaque nouvelle suivi de mon avis sur chacune.

 

Ce que j'en ai pensé :

Dans la toute première, celle qui donne son nom au recueil, le narrateur est dans le coma suite à un accident de voiture. Lorsqu’il se réveille, l’infirmière qui était à son chevet lui remet les notes qu’elle a prises quand il était inconscient. D’abord prudent, il finit par ouvrir cette boîte de Pandore. Il devient vite obsédé, analyse, décortique les souvenirs ainsi recueillis, désireux de leur donner un sens à tout prix. Il acquière ainsi une meilleure connaissance de lui-même mais, paradoxalement, se ferme au monde qui l’entoure. L’atmosphère créée par l’auteur est étrange. Il nous interroge sur notre inconscient : est-il souhaitable d’y avoir accès ou ne vaut-il pas mieux laisser les choses en l’état ? Si le cerveau a choisi d’ « oublier », ce n’est pas pour rien… La chute éclaire cette nouvelle d’un nouveau jour. On y retrouve le ton ironique, humoristique de l’auteur tout en rajoutant une flèche à son arc en posant une question psycho-philosophique.

Dans La Volière, un jeune homme est appelé au chevet de son oncle mourant. Celui-ci lui signifie alors ses dernières volontés : être enterré près de la volière. Mais où se trouve-t-elle ? Commence alors pour le neveu une enquête surprenante, qui l’amènera à découvrir le passé de son oncle, que ce dernier a précautionneusement tenu caché. Encore une facette de l’auteur que je ne soupçonnais pas et qui me plait beaucoup. C’est la nouvelle que j’ai le plus aimé. Le ton est juste, plein de pudeur et chargé de tendresse. On sent tout l’amour qui unissait l’oncle et le neveu, même s’il n’a jamais été dit. Il a su aller au-delà des préjugés, ne juge pas et fait ce qui est juste. J’aurais aimé prolonger le moment passé avec le personnage et la dernière arrivante, être une petite souris et savoir ce qu’ils se disent, comment évolueront leur relation, etc…

Le narrateur d’Un Temps de blues nous fait part de ses doutes. Il est en pleine introspection, un soir de pluie, autour d’un verre, accoudé à un bar. Il a renoncé à bien des choses en grandissant. C’est un homme tout ce qu’il y a de plus banal, qui s’est laissé porter par les événements plus qu’il ne les a provoqués, voulus ou vécus. Il nous fait un petit coup de déprime. Las, on le sent au bout du rouleau mais il retrouve finalement du courage. C’est la plus courte des nouvelles. Faite de phrases hachées, elle permet de suivre le cours des pensées du narrateur, comme si nous étions dans sa tête. Très réaliste, elle nous renvoie à nos propres moments d’égarement, de découragement, que l’auteur retranscrit très bien !

Dans Transfert, un homme en couple depuis maintenant 12 ans, pense être heureux en ménage. Il aime sa femme, même s’il la connait par cœur. Pourtant, un beau matin, le couperet tombe : celle-ci lui annonce qu’il devrait consulter un psychanalyste. Elle le trouve maussade, triste, dépressif, totalement l’inverse de l’image qu’il donne au lecteur et qu’il a de lui-même et de leur couple. Devant son insistance, il finit par douter, se remet en question, ne comprend pas et va finalement la fuir. Il trouve toutes les excuses possibles pour passer moins de temps en tête-à-tête avec elle. L’attitude obsessionnelle de son épouse, à vouloir absolument que quelque chose n’aille pas chez lui, va même le pousser à la faute. C’est l’arroseur arrosé. Encore une très belle chute, à l’ironie douce-amère, qui fait sourire.

La Pétition est la nouvelle que j’ai la moins aimé. Un présentateur radio décroche une interview avec Harrison Ford. Il attend avec grande impatience que son collègue vienne le chercher. La sonnette se fait entendre : il descend donc et ouvre mais tombe sur un invité imprévu : Jean-Baptiste, une connaissance, qui lui demande de signer une pétition pour la libération de José Fammenes et si possible de glisser un petit mot sur sa station au sujet de la manifestation qui a lieu le soir même. Désireux de se débarrasser au plus vite de l’importun, il signe et tombe alors sur un nom qu’il reconnait : Marlène, une jeune femme rencontrée quelques années plus tôt et pour qui il a eu le coup de foudre. Pour avoir son adresse, il demande à garder la pétition, promettant de la rendre plus tard dans la journée. Tout ne va pas se dérouler selon ses plans. Les catastrophes s’enchaînent, effet papillon oblige et mènent notre héros à sa perte. Plus il essaye de réparer les dégâts et plus il s’enfonce. Ce personnage agaçant, rêveur, farfelu, m’a laissée indifférente dans ses tentatives désespérées pour rétablir les choses. Un vrai Gaston Lagaffe mais en beaucoup moins drôle !

 

De manière globale donc, j’ai beaucoup aimé ces nouvelles aux sujets sérieux mais dans lesquelles on retrouve néanmoins cette ironie, ce ton mordant, qui caractérise si bien l’auteur, notamment dans leur chute, et que j’avais déjà noté dans Malavita. Je trouve que le format lui réussit parfaitement. Il sait créer une ambiance, poser le décor et présenter ses personnages en peu de mots. Chaque nouvelle se suffit à elle-même. Il nous montre une autre facette de son talent et j’ai bien envie d’en découvrir plus encore !

La plus belle histoire du monde de Rudyard KIPLING

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Genre : Nouvelle

L'édition que j'ai empruntée (Rivages poche/ Petite bibliothèque) contient deux nouvelles : La plus belle histoire du monde et Par les ondes. Je n'ai lu que la 1ère...

 

Résumé :

Charlie Mears, un jeune employé de banque, passionné de littérature mais pauvre, rend visite au narrateur, qui n’est autre que l’auteur, afin de lui emprunter un coin de table pour pouvoir écrire l’histoire qu’il a en tête. Mais, les mots ne viennent pas… Il raconte alors son histoire au narrateur, qui y voit un chef-d’œuvre en devenir et tente de se l’approprier. Ils se mettent d’accord pour que le narrateur mette en forme les idées de Charlie. Il faut alors lui tirer les vers du nez mais son histoire est si pleine de détails qu’elle parait réelle, comme s’il avait vraiment vécu ce qu’il décrit.

 

Ce que j'en ai pensé :

J’ai trouvé l’idée accrocheuse mais le charme n’a pas opéré, peut-être à cause des nombreuses longueurs du récit. Je me suis perdue dans les différentes vies de Charlie et à la fin de ma lecture, le message de l’auteur reste confus… De nombreux thèmes sont abordés : le manque d’inspiration d’un artiste, la difficulté à reproduire sur papier une histoire qui nous trotte dans la tête, la réincarnation des âmes, qui permet à un être de vivre plusieurs destins, la recherche de gloire et de reconnaissance dans la création artistique, quitte à employer des moyens douteux pour parvenir à ses fins, la découverte de la littérature, l’ouverture à la culture et les dérives qui peuvent en découler comme tenter de reproduire le style d’un auteur lu et apprécié plutôt que de trouver son propre style, l’amour qui ouvre la porte à un avenir et ferme celle du passé et des souvenirs… Le tout m’a semblé peu approfondi mais en même temps, il s’agit d’une nouvelle et pourtant, j’ai eu largement le temps de m’ennuyer et n’ai pas retrouvé dans ce texte le Rudyard Kipling que j’avais aimé dans Histoires comme ça, son humour et son univers enchanteur…

Si vous souhaitez tout de même le lire, ne commencez pas par la préface(de Thierry Gillyboeuf), qui dévoile tout et ne vous laisse plus aucune surprise, ce que j’ai fait et je l’ai amèrement regretté.

La Bonne Peinture de Marcel AYME

Genre : Nouvelle

 

Quatrième de couverture :

Lafleur est un peintre au talent extraordinaire. Non que ses tableaux soient d’une qualité artistique hors du commun, mais ils ont la faculté de rassasier ceux qui le regardent. Comme s’ils venaient d’avaler un bon pâté en croûte ou une crème au chocolat ! Un tel don ne peut laisser longtemps indifférents journalistes et marchands d’art…

 

Cette nouvelle est extraite du recueil Le Vin de Paris.

 

Ce que j'en ai pensé :

De Marcel AYME, je connaissais Les Contes du chat perché que j’avais lu et beaucoup aimé étant petite. J’étais donc ravie de trouver ce livre et de le lire. Et je ne suis pas déçue. Contrairement à certaines nouvelles que l’on trouve parfois trop courte, celle-ci se suffit à elle-même. Le sujet principal en est l’art, notamment la peinture. Plusieurs conceptions sont représentées par l’auteur : j’en ai retenu trois : celle de Lafleur, peintre réaliste, qui maîtrise parfaitement l’aspect technique de son art, simple et généreux, il met une partie de son âme dans ses tableaux, ce qui explique peut-être leurs qualités « nutritives », au sens propre comme au sens figuré. Il s’interroge également sur les responsabilités de l’artiste envers ses contemporains et tente de rendre son art accessible au plus grand nombre, en ce sens il interroge également sur l’accessibilité de l’art à tous et l’éducation artistique : une réalité atteignable si chacun, artistes compris, y met du sien ou une utopie ? Sa peinture nourrit réellement les miséreux (lesquels sont nombreux en cette époque de fin de Seconde Guerre Mondiale, où les restrictions sont de mise), réchauffe les cœurs, procure une sensation de bien-être et de bonheur… On y voit tout ce que peut apporter l’art. A côté de cela, il y a la vision de Poirier, ancien ami et maintenant ennemi intime de Lafleur, pour qui l’art a une portée plus symbolique, plus intellectuelle. Sa peinture n’est pas à la portée de tout le monde, elle se veut plus recherchée et l’homme n’est pas non plus comme son collègue, Lafleur. Il est plus imbu de lui-même, plus sûr de sa valeur mais offre également une autre explication à ce que représente l’art. Enfin, la troisième conception de l’art serait celle d’Hermèce, le marchand d’art, hypocrite et roublard, il profite de sa position pour flouer les artistes. Sa vision de l’art est plus commerciale : pour lui, c’est un moyen d’acquérir de l’argent, de devenir riche. L’art est vu comme un objet de commerce, comme ayant une valeur marchande et non plus seulement artistique ou intellectuelle.

Le style est fluide, travaillé sans être extraordinaire, non dénué d’humour. J’ai parfois trouvé quelques longueurs mais heureusement, elles sont peu nombreuses et l’auteur reprend vite le cours de son récit ! Je me suis beaucoup amusée à la lecture de cette nouvelle et j’ai très envie d’en découvrir d’autres ! De plus, l’auteur nous pousse à la réflexion, ce que j’adore. Et pour nous, qu’est-ce que l’art ? Quelles sont ses fonctions ? S’il suffisait seulement de s’asseoir  devant un tableau et de laisser venir les émotions, de se laisser aller devant l’œuvre de l’artiste ?

 

Quelques extraits :

« Un instant, il considéra sa main droite qui, elle, connaissait ce secret de vie, une main longue, musclée et, à l’intérieur, aux reliefs fortement accusés. Tout était passé par elle. Les intentions du peintre comme aussi ses hésitations et ses retours, elle les avait guidés, rassemblés et transformés pour aboutir à l’insaisissable et miraculeuse synthèse. Mais sa main n’était pas seule à disposer ainsi d’un mystère ignoré de lui-même. Avec elle, toute une partie de son être devait travailler à son insu, enchevêtrant ses intentions dans les siennes et brodant sur la trame de son œuvre de peintre. A moins qu’il n’y eût rien d’autre, dans ce travail secret, qu’une façon de parler ou de penser. » : une traduction de ce qu’est la « catharsis » et de l’art comme moyen d’expression !

 

« Il lui arrivait souvent de considérer ses tableaux avec une pesante inquiétude qui tournait presque toujours aux remords. Il songeait à la quantité de force et de vie contenue dans ses toiles et ne profitant à personne. Ce don de créer des œuvres vivifiantes lui paraissait comporter des obligations et de plus en plus, il se sentait responsable du pouvoir qui lui était imparti. »

 

Et enfin pour tous les lecteurs :

« On vit apparaître des sculpteurs efficaces. (…) La musique efficace stimulait l’ardeur au travail et faisait tourner de puissantes machines sans qu’il fût besoin de les alimenter autrement. Comme on pouvait s’y attendre, les belles-lettres ne restèrent pas en arrière. Certains poètes publièrent des œuvres si chaleureuses qu’elles chauffaient facilement un appartement de cinq pièces avec la cuisine et le cabinet de toilette. D’autres rendirent aux Français le goût de la liberté et de la vérité. Il y eût même des écrivains, poètes et romanciers, qui procuraient un bon sommeil reposant. »

 

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The Umbrella man and other stories/ L'Homme au parapluie et autres nouvelles de Roald DAHL


Genre : Nouvelles

The Umbrella man/ L'Homme au parapluie
: Une mère et sa fille se rendent à Londres. A la sortie du café dans lequel elles se sont arrêtées, il pleut à verse. Elles décident donc de prendre un taxi et sont abordées par un homme, poli, bien sous tout rapport, qui leur demande de quoi payer son taxi en échange de son parapluie, lequel est en soie. Croyant faire une bonne affaire, la mère accepte mais, au lieu de prendre son taxi, l'homme marche vers un lieu inconnu.
Qui est-il? Où va-t-il? Elles vont tacher de le découvrir.

C'est une nouvelle très gentillette, presque enfantine. Je suis déçue car je m'attendais à quelque chose de plus "fantastique" venant de l'auteur.

Mr Botibol : Un homme au physique ingrat échoue dans tout ce qu'il entreprend jusqu'au jour où, écoutant un concert classique à la radio, il s'imagine dans la peau du compositeur et maître d'orchestre. Sa passion dévorante pour la musique va le transformer, à la fois l'enfermer dans son "délire" et l'ouvrir aux autres et à lui-même.

C'est la nouvelle que j'ai préférée. On s'attache à "cette grande asperge" de M. Botibol. L'auteur a bien su rendre les émotions du personnage. Quand il rêve, on rêve avec lui et on s'y croit réellement.

Vengeance is mine Inc./ A moi la vengeance SARL : deux amis fauchés mettent au point une entreprise servant à venger les victimes des chroniqueurs mondains.

C'est drôle mais sans plus. La fin fait, je trouve, retomber le tout "comme un soufflé". Dommage!

The Butler/ Le Maître d'hôtel : un couple de nouveaux riches veut faire bonne impression sur ses pairs et organise des soirées. Or, celles-ci sont ennuyeuses au possible. M. Cleaver fait alors appel à son majordome pour y remédier.

Une nouvelle très fade, sans grand intérêt!

En conclusion, sur 4 nouvelles une seule a retenu mon attention. Je suis très déçue, je m'attendais à mieux de la part de Roald DAHL. Je pensais retrouver un monde magique et enchanteur comme dans Le Bon Gros Géant ou Charlie et la chocolaterie mais il n'en n'est rien! Pour ceux qui souhaitent tout de même le lire, n'hésitez pas à emprunter le livre en anglais ou l'édition bilingue car le style et le vocabulaire sont très simples. Il est très facile d'accès, même en VO.