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Te retourne pas, Handala d'Olivier GERARD

Genre : Roman

 

Quatrième de couverture :
Marié à Sandra, une femme qui a embrassé le judaïsme et tenait à faire l’alyah – le retour en Terre Sainte – Asso se retrouve à gérer une boutique d’articles de sport au cœur de la plus riche colonie juive d’Israël, à deux pas de Jérusalem. Son existence monotone aurait coulé sans histoire… c’était compter sans l’irruption de celui qui fut jadis son mentor : Mossan, l’homme qui, en s’appropriant son adolescence au point de vouloir faire de lui son double, a suscité sa haine.
Devenu pdg planétaire, Frank Mossan joue les philanthropes et s’avise de vouloir rendre l’eau à un village palestinien de la Vallée du Jourdain au bord de la sécheresse en le dotant des panneaux solaires qu’il fabrique. Soulevant un tollé dans la communauté juive d’Israël et chez ses colons, l’intrusion de Mossan déchaîne tout autant la fureur des terroristes islamistes.
Pris entre deux fanatismes, jeté dans la tourmente qu’ils attisent, montré du doigt comme ancien protégé du milliardaire Mossan, Asso devient, à son corps défendant, le jouet d’un complot infernal.

 

Ce que j'en ai pensé :

Je commencerai par le style : je l’ai trouvé très fluide, d’ailleurs cette limpidité fait que je l’ai lu en très peu de temps et sans même m’en rendre compte ! C’est très agréable, une écriture sans accroc.

Pour ce qui est de l’intrigue, nous suivons Asso, ses errances, ses interrogations, ses joies, dans la colonie juive où il vit entouré de sa femme, Sandra et de leur fils, Conrad. En parallèle, le côté palestinien est surtout représenté par Zaher, un jeune garçon, pleins d’espoirs, qui rêve d’Amérique quand son quotidien lui pèse trop. Et au centre, Franck Mossan, un riche industriel qui s’est lancé dans l’humanitaire et fut le « père adoptif » d’Asso. Qu’est qui relie tous les personnages (dont je ne viens de citer que quelques uns) ? Le village d’Al Gourba, côté palestinien, menacé par la colonie juive attenante et pour lequel l’aide d’Asso et de Mossan est requise ! Mais, vous l’aurez compris, tout le monde ne l’entend pas de cette oreille et en particulier, deux cellules terroristes, l’une juive et l’autre palestinienne, vont leur mettre des bâtons dans les roues. Ainsi, l’auteur ne prend pas partie dans le conflit israélo-palestinien mais dénonce plutôt les religieux fanatiques qui, pour justifier leurs actes, appellent à la haine, manipulent et utilisent leurs fidèles comme des marionnettes. Ils se servent de leurs peurs, de leurs désirs secrets, de leur misère pour les exhorter à la violence au nom de leurs Dieux. Se pose donc la question du fanatisme religieux, de l’intégrisme, de l’intolérance envers ceux qui nous sont différents. Est-ce que ce sont réellement les valeurs portées par leur religion ? N’interprêtent-ils pas les écritures à leur convenance pour justifier le meurtre d’individus innocents et servir leur cause ? Asso pose également le problème de la foi, de nos croyances par le regard qu’il porte sur le monde qui l’entoure, sur sa femme notamment. Le Mur a finalement attisé les haines et le climat de suspicion ambiant !

J’ai beaucoup pensé à L’Attentat de Yasmina KHADRA en le lisant mais en moins fort (c’est mon ressenti), je me suis sentie moins proche des personnages, moins impliquée, peut-être parce qu’ils sont nombreux et qu’on les suit à tour de rôle même si Asso semble occuper une plus grande place que les autres et est donc celui auquel je me suis le plus attachée. Au-delà de l’histoire, l’auteur appelle donc à la réflexion, à la prise de conscience entre les intérêts en présence : ceux des Juifs qui ne souhaitent pas quitter les terres qu’ils ont colonisées et qu’ils considèrent désormais comme les leurs, qui ne se sentent pas en sécurité et mènent pourtant des vies assez confortables en comparaison des Palestiniens dont le territoire est de plus en plus grignoté par le Mur mais aussi par les colonies voisines. Pourquoi ne pas vivre en bonne entente, en bonne intelligence au lieu de cultiver les haines ?

J’aurais aimé que les personnages soient plus travaillés, plus étoffés, qu’on en sache un peu plus sur eux ! Finalement, je pense que ce ne sont pas eux, le cœur du roman mais plutôt Handala, ce garçon aux pieds nus qui tourne le dos et porte des guenilles ! Pour moi, il représente la tolérance, la paix, la fin du conflit, la réconciliation. C’est peut-être le message que tente de faire passer l’auteur ?

 

En conclusion, j’ai beaucoup aimé la réflexion, les interrogations que suscite ce livre, plus que l’histoire en elle-même ! Je remercie le forum PartageLecture et les éditions Kyklos pour ce partenariat enrichissant !

 

Un extrait qui fait écho en moi :

« Je pense, dit Asso, que tous les gens ont le droit de vivre sur la terre qui a toujours été la leur : des ponts entre deux peuples vaudraient mieux qu’un Mur, Rabbi Youssef ».

 

Et enfin, à propos d'Handala :

Handala, créé par le célèbre dessinateur Naji al-Aji, souvent tagué sur le Mur qui sépare Israël de la Palestine, est un petit garçon vu-nu-pieds et déterminé qui tourne le dos au monde. Enfant palestinien, il était au début le symbole de la lutte palestinienne, mais sa conscience s'est développée pour devenir celle d'une nation, puis de l'humanité entière.

La légende raconte qu'il ne se retournera que lorsque le Mur sera détruit.

Handala veut dire amertume, du nom d'un arbrisseau très amer poussant dans le désert.