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La Bonne Peinture de Marcel AYME

Genre : Nouvelle

 

Quatrième de couverture :

Lafleur est un peintre au talent extraordinaire. Non que ses tableaux soient d’une qualité artistique hors du commun, mais ils ont la faculté de rassasier ceux qui le regardent. Comme s’ils venaient d’avaler un bon pâté en croûte ou une crème au chocolat ! Un tel don ne peut laisser longtemps indifférents journalistes et marchands d’art…

 

Cette nouvelle est extraite du recueil Le Vin de Paris.

 

Ce que j'en ai pensé :

De Marcel AYME, je connaissais Les Contes du chat perché que j’avais lu et beaucoup aimé étant petite. J’étais donc ravie de trouver ce livre et de le lire. Et je ne suis pas déçue. Contrairement à certaines nouvelles que l’on trouve parfois trop courte, celle-ci se suffit à elle-même. Le sujet principal en est l’art, notamment la peinture. Plusieurs conceptions sont représentées par l’auteur : j’en ai retenu trois : celle de Lafleur, peintre réaliste, qui maîtrise parfaitement l’aspect technique de son art, simple et généreux, il met une partie de son âme dans ses tableaux, ce qui explique peut-être leurs qualités « nutritives », au sens propre comme au sens figuré. Il s’interroge également sur les responsabilités de l’artiste envers ses contemporains et tente de rendre son art accessible au plus grand nombre, en ce sens il interroge également sur l’accessibilité de l’art à tous et l’éducation artistique : une réalité atteignable si chacun, artistes compris, y met du sien ou une utopie ? Sa peinture nourrit réellement les miséreux (lesquels sont nombreux en cette époque de fin de Seconde Guerre Mondiale, où les restrictions sont de mise), réchauffe les cœurs, procure une sensation de bien-être et de bonheur… On y voit tout ce que peut apporter l’art. A côté de cela, il y a la vision de Poirier, ancien ami et maintenant ennemi intime de Lafleur, pour qui l’art a une portée plus symbolique, plus intellectuelle. Sa peinture n’est pas à la portée de tout le monde, elle se veut plus recherchée et l’homme n’est pas non plus comme son collègue, Lafleur. Il est plus imbu de lui-même, plus sûr de sa valeur mais offre également une autre explication à ce que représente l’art. Enfin, la troisième conception de l’art serait celle d’Hermèce, le marchand d’art, hypocrite et roublard, il profite de sa position pour flouer les artistes. Sa vision de l’art est plus commerciale : pour lui, c’est un moyen d’acquérir de l’argent, de devenir riche. L’art est vu comme un objet de commerce, comme ayant une valeur marchande et non plus seulement artistique ou intellectuelle.

Le style est fluide, travaillé sans être extraordinaire, non dénué d’humour. J’ai parfois trouvé quelques longueurs mais heureusement, elles sont peu nombreuses et l’auteur reprend vite le cours de son récit ! Je me suis beaucoup amusée à la lecture de cette nouvelle et j’ai très envie d’en découvrir d’autres ! De plus, l’auteur nous pousse à la réflexion, ce que j’adore. Et pour nous, qu’est-ce que l’art ? Quelles sont ses fonctions ? S’il suffisait seulement de s’asseoir  devant un tableau et de laisser venir les émotions, de se laisser aller devant l’œuvre de l’artiste ?

 

Quelques extraits :

« Un instant, il considéra sa main droite qui, elle, connaissait ce secret de vie, une main longue, musclée et, à l’intérieur, aux reliefs fortement accusés. Tout était passé par elle. Les intentions du peintre comme aussi ses hésitations et ses retours, elle les avait guidés, rassemblés et transformés pour aboutir à l’insaisissable et miraculeuse synthèse. Mais sa main n’était pas seule à disposer ainsi d’un mystère ignoré de lui-même. Avec elle, toute une partie de son être devait travailler à son insu, enchevêtrant ses intentions dans les siennes et brodant sur la trame de son œuvre de peintre. A moins qu’il n’y eût rien d’autre, dans ce travail secret, qu’une façon de parler ou de penser. » : une traduction de ce qu’est la « catharsis » et de l’art comme moyen d’expression !

 

« Il lui arrivait souvent de considérer ses tableaux avec une pesante inquiétude qui tournait presque toujours aux remords. Il songeait à la quantité de force et de vie contenue dans ses toiles et ne profitant à personne. Ce don de créer des œuvres vivifiantes lui paraissait comporter des obligations et de plus en plus, il se sentait responsable du pouvoir qui lui était imparti. »

 

Et enfin pour tous les lecteurs :

« On vit apparaître des sculpteurs efficaces. (…) La musique efficace stimulait l’ardeur au travail et faisait tourner de puissantes machines sans qu’il fût besoin de les alimenter autrement. Comme on pouvait s’y attendre, les belles-lettres ne restèrent pas en arrière. Certains poètes publièrent des œuvres si chaleureuses qu’elles chauffaient facilement un appartement de cinq pièces avec la cuisine et le cabinet de toilette. D’autres rendirent aux Français le goût de la liberté et de la vérité. Il y eût même des écrivains, poètes et romanciers, qui procuraient un bon sommeil reposant. »

 

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maggie 19/08/2010 12:33



J'ai hésité à acheter cette nouvelle : ton billet m'a convaincue qu'il fallait que je lise !



Les lectures d'Alexielle 20/08/2010 10:34



Bonne lecture, Maggie! J'espère qu'il te plaira



plumedange 16/08/2010 21:45



tu me donnes très envie de le lire! merci



Les lectures d'Alexielle 17/08/2010 10:49



De rien, en espérant qu'il te plaira aussi...