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Wiggins et le perroquet muet de Béatrice NICODEME

Genre : Littérature jeunesse (policier)

Série Wiggins :

1. Wiggins et le perroquet muet

2. Wiggins et la ligne chocolat

3. Un rival pour Sherlock Holmes

4. Wiggins et Sherlock contre Napoléon

5. Wiggins chez les Johnnies

6. Défi à Sherlock Holmes

7. Wiggins et les plans de l'ingénieur

8. Wiggins et la nuit de l'éclipse

 

Quatrième de couverture :

Violet Juniper, une danseuse de cabaret bien connue à Londres, a été étranglée ! Sherlock Holme, qui a remarqué sur le lieu du crime de petites traces circulaires, ainsi qu’une forte odeur de poisson, charge le jeune Wiggins de l’enquête. Les choses se compliquent lorsque l’apprenti détective apprend que peu de temps avant sa mort, la jeune femme avait reçu en cadeau un perroquet (…) et que l’animal a été dérobé…

 

Ce que j'en ai pensé :

Un roman jeunesse, hommage aux aventures de Sherlock Holmes et à son auteur, Sir Arthur Conan Doyle, qui met l’accent sur un personnage secondaire jusque-là, le jeune Wiggins, garçon des rues à qui le détective fait parfois appel pour remonter une piste. L’auteur lui donne ici une existence propre, elle comble les vides de sa vie avec sa mère, vendeuse au marché à poissons, avec qui il partage une minuscule chambre à Whitechapel, un des quartiers les plus mal famés et pauvres de l’East End londonien. L’enquête n’est pas en reste et ne démériterait pas dans l’œuvre de son « créateur d’origine », même si elle est assez prévisible pour les adultes. Une bonne façon pour les plus jeunes d’entrer dans l’univers de Sherlock et de l’approcher avant de passer à du plus lourd tels que les romans et nouvelles écrits par Conan Doyle himself…

Cœur de pierre de Séverine GAUTHIER (scénario) et Jérémie ALMANZA (dessin et couleur)

Genre : BD

 

Quatrième de couverture :

Il est né avec un cœur de pierre, elle, avec un cœur d’artichaut…

 

Ce que j'en ai pensé :

Gros coup de cœur pour cette superbe BD, à la fois tendre, poétique et cruelle. Une histoire d’amour entre deux être que tout oppose : une petite fille aimée, choyée par ses parents comme un trésor qu’il faut préserver pour son grand cœur d’artichaut, souriante, généreuse et emplie d’amour et un petit garçon diagnostiqué à la naissance comme ayant un cœur de pierre, abandonné par ses parents, sombre, solitaire et incapable de la moindre émotion. Pour elle, des teintes rosées, sucrées, doucereuses et colorées et pour lui, des tons sombres, de noir et de gris mêlés et sans gaieté. Des dessins et des couleurs au diapason avec l’histoire et les personnages. Les auteurs nous proposent une magnifique fable à lire et à relire, qui joue avec les mots et notamment les expressions autour du cœur et nous laisse le cœur en miettes et en joie, jouant aux montagnes russes avec nos émotions, pour finir le cœur dans un étau, la gorge nouée mais aussi le cœur gonflé d’amour, principal sujet de cette BD qui interroge également : comment reprocher à un petit garçon de ne pas savoir aimer quand personne ne lui a appris à le faire ? Ayant été lui-même privé de sentiments, comment peut-il en éprouver à son tour ? Et comment interpréter cette fin pour laquelle il existe deux lectures possibles, selon moi ? Mais je n’en dirai pas plus et vous invite à découvrir cette histoire douce-amère que l’on quitte à regret…

 

« Elle n’entendait rien que son cœur affolé qui battait à tout rompre rien qu’à le regarder.

Elle ouvrit sa poitrine et en sortit son cœur, et tandis qu’il battait dans le creux de sa main, elle fut étonnée de n’avoir pas plus peur au moment de l’offrir pour toujours à quelqu’un. »

 

«  La petite fille ne comprit pas pourquoi il avait refusé un si joli cadeau. Elle rangea son cœur et resta plantée là à regarder le vent emporter les morceaux. »

Le Héron de Guernica d'Antoine CHOPLIN

Genre : Roman

 

Quatrième de couverture :

Avril 1937, le bombardement de Guernica fournit à Picasso le sujet de sa plus célèbre toile. A l’opposé du travail du maître, Basilio, jeune peintre autodidacte, s’absorbe dans l’observation des hérons qui hantent les marais des alentours… Alors que l’aviation allemande réduit la ville en cendres, il tente, par son art, de saisir la dignité et la fragilité de l’oiseau au milieu de cette folie.

 

Ce que j'en ai pensé :

Antoine Choplin s’inspire du tableau de Picasso, Guernica, pour donner corps à son récit. Il fait revivre sous nos yeux les corps démembrés, mutilés, les âmes privées de vie de l’œuvre du maître, leur donne une existence, en fait des êtres de chair et de sang avant, pendant et après la barbarie allemande avec une écriture simple et profonde, délicate, sensible et poétique, qui va au cœur des choses et ressemble beaucoup à son personnage principal, Basilio, un homme simple, vrai, modeste, avec une sensibilité d’artiste, un regard acéré sur les êtres qui l’entourent, qui voit le visible et l’invisible, ce que les autres ne voient pas ou plus, comme la splendeur d’un vol de héron, même pendant les bombardements aériens, qui mutilent sa ville et ses habitants.

 

« Quand même, il doit falloir une sacrée patience, dit le soldat.

Faut surtout avoir très envie de regarder, dit Basilio. De bien regarder les choses. Le héron, ce qu’on peut en voir, et tout ce qu’on ne peut pas. Aussi, tout ce qui l’entoure. Tout ce qu’il y a dans l’air qu’on respire, le héron, toi et moi. C’est surtout cette envie-là qu’il faut. »

 

« Evidemment, dit le curé. Tu vois, je me demande si, toi et moi, on s’intéresse pas aux mêmes choses en fait.

Basilio lève les yeux.

Toutes les choses qu’on ne voit pas. Tout ce qui palpite sans figurer sur les images, ce qu’on éprouve avec force et qui se refuse à nos sens premiers. Et dont on voudrait tellement témoigner pourtant.

Ah oui, ça c’est vrai, cette envie de témoigner, dit Basilio. »

 

Il voudrait témoigner de la dignité, la majesté du héron en rendant son regard intense, en exprimant toute son intériorité tout comme sa beauté extérieure, cette palpitation qui vibre en lui, même lorsqu’il est à l’arrêt, mais en perfectionniste, il n’est jamais satisfait de sa représentation de l’animal, qu’il sait ne pas être la réalité mais une vision des choses, une infime partie d’un tout figé à un instant T. L’auteur donne ainsi lui aussi sa représentation des événements liés à la guerre civile espagnole, souvent peu évoquée chez nous, à travers Guernica, mais aussi à travers les expériences de tous ses personnages, soldats et civils, il évoque plus globalement les exactions des nationalistes comme la colonne Madrid et son boucher, Yagüe, responsable du massacre de Badajoz et s’inscrit dans la réalité historique en lui donnant un visage, celui de Basilio mais aussi ceux d’Antonio, Celestina, l’oncle Augusto et le vieux Julian, Maria, Bolin et les autres, il lui donne une consistance, évoque la vie avant d’invoquer la mort, ce qui est d’autant plus tangible, touchant et déchirant en même temps. La beauté des choses et l’horreur s’entrecroisent ici, prenant le lecteur à la gorge pour ne jamais le quitter.

Une très belle lecture que je conseille à tous, vibrant hommage aux victimes de Guernica.

 

« Il y a cette nuit qui se profile, comme la veille. Et ce monde qui continue à valser, et la lune imperturbable.

Et son corps fatigué et transpercé d’images, et l’infinie procession des choses. Et son corps fatigué, transpercé d’images mais indivisible, venu à bout, vaille que vaille, des heures de cette journée.

Basilio, toujours lui, seulement entaillé d’une journée de plus. »

 

Un grand merci aux éditions Points et au forum Partage Lecture pour cette belle découverte.